Pavots ou coquelicots, fleurs de culture ou fleurs du mal, graines et spermatozoïdes: le Tessinois Luca Mengoni, qui a reçu en 1995 une bourse de la Fondation Alice Bailly – laquelle vient d'être attribuée, pour l'année 2004, à Silvana Solivella – raffole de motifs aussi connotés, sur le plan du mythe, de la botanique ou de la poésie, que le labyrinthe, les filaments sinueux de certaines graines, la tige hérissée et l'aspect fragile de certaines fleurs. Avant, il y avait aussi les échelles, les maisons, les ailes d'oiseau.

Ces motifs à valeur symbolique sont somme toute assez confortables, comme est particulièrement agréable, pour le regard et pour l'esprit, la visite de l'exposition de ses travaux récents, intitulée Il fango dei nostri fiori, à la galerie Alexandre Mottier à Genève. Disposés d'une façon assez géométrique sur la surface du tableau, les signes se présentent comme une grille de lecture, au sens propre et au sens figuré: «Enfant, je courais à travers les champs de maïs de mon grand-père. Puis je me couchais par terre pour regarder le ciel. Le soleil filtrait à travers les feuilles. Dehors, il y avait ma mère. A l'intérieur, il y avait les araignées et les mouches emprisonnées dans leurs toiles.»

Ce texte, comme la référence à Louise Bourgeois, citée en exergue dans le petit catalogue édité à Lugano, expriment bien la notion d'inconfort qui se cache dans le confort, la fascination et les dangers qui résident dans l'inconscient, la sauvagerie qui habite toute créature vivante, fût-elle une fleur des champs. La délicatesse du dessin et des coloris, la longueur de la tige qui suit son cours immuable vers le haut, pour échapper finalement au labyrinthe terrestre et atteindre un ciel laiteux, les taches rouges des fleurs, la texture des surfaces aussi, obtenues à l'aide d'une technique mixte qui – c'est le propre d'une technique mixte –, reste mystérieuse, tout concourt à intriguer et à complaire à la fois.

Comme il travaille alternativement à Bellinzone et à Genève, le jeune artiste est bien représenté en Suisse romande, où il a déjà exposé au FAC à Sierre, au Musée Jenisch à Vevey ou à la Villa du Jardin alpin de Meyrin, et déjà à la galerie Alexandre Mottier. Luca Mengoni, également poète, donnera une lecture, avec l'accompagnement de Hans Hassler à l'accordéon, samedi 16 octobre à 18 h 30 à l'espace plan(s) libre(s), dans les anciens locaux de la SIP aux Vieux-Grenadiers, où quelques toiles plus grandes sont accrochées.

Laurence Chauvy

Luca Mengoni: il fango dei nostri fiori. Galerie Alexandre Mottier (bd Georges-Favon 17, Genève, tél. 022/310 27 42). Ma-ve 14-19 h, sa 10-17 h. Jusqu'au 30 octobre.