Chaque année, le Festival international de musique de Lucerne développe un peu plus la présence de la musique contemporaine dans son programme. L'édition 2000, intitulée «Metamorphosen», qui se tient jusqu'au 16 septembre dans le Kultur – und Kongresscentrum construit par Jean Nouvel (KKL), se profile comme un véritable hommage à la musique du XXe siècle. Les concerts destinés à célébrer le 250e anniversaire de la mort de Jean-Sébastien Bach sont truffés de compositions de Holliger, Haas ou Schönberg. Michael Haefliger, à la tête de la manifestation depuis janvier 1999, applique son credo à la lettre: «Donner plus d'importance à la musique d'aujourd'hui». Depuis la saison dernière, le poste privilégié de «composer in residence» a été doublé et c'est cet été sur deux artistes qu'il faut compter pour représenter la composition contemporaine: Toshio Hosokawa et György Kurtag.

Samedi, le Luzerner Theater présente une des œuvres les plus importantes de György Kurtag, Kafka-Fragmente, avec la soprano Maria Husmann et le violoniste Andras Keller, alors que, dimanche, Kurtag joue au KKL ses propres compositions, dont les «Jatékok» (Jeux), accompagné par son épouse Marta. György Kurtag a composé plus de 300 «Jatékok» pour piano, deux pianos et piano à quatre mains et semble avoir fait de ces «jeux de miroirs miniatures» son mode d'expression favori.

Né en 1926, le compositeur hongrois n'apparaît que tardivement sur la scène internationale. Mais, depuis 1981, année de la création des Messages de feu demoiselle R.V. Troussova au Festival d'automne à Paris, il est considéré comme un des plus grands compositeurs contemporains. Reconnaissance qui lui vaut aujourd'hui d'être invité en résidence dans les plus importants centres de musique contemporaine en Europe. Après Amsterdam, Vienne et Berlin, il est depuis septembre dernier et pour une durée de deux ans en résidence à Paris, à l'invitation de l'Ensemble InterContemporain. Né en Roumanie, naturalisé Hongrois en 1948, György Kurtag ne parle pas à la presse et ne rencontre que très rarement journalistes et critiques musicaux, l'essentiel de sa pensée étant déjà publiée dans un texte traduit en français. Pour sa présence à Lucerne, le compositeur n'a pas fait exception à la règle. Impossible à rencontrer, György Kurtag se méfie de la parole et affirme en connaître les limites.

Ses proches même semblent réticents dès qu'on commence à vouloir leur tirer les vers du nez et les faire parler du compositeur. Ainsi, le violoniste Andras Keller, ancien élève et ami, se braque presque lorsqu'on lui demande quelle relation il entretient avec György Kurtag. «Notre amitié date de vingt-trois ans, déclare-t-il. Nous sommes très proches, mais sans avoir besoin de parler beaucoup, s'empresse-t-il d'ajouter. Nous nous comprenons surtout à travers la musique. Pour les Kafka-Fragmente par exemple, nous avons travaillé huit heures par jour, sans toutefois beaucoup nous exprimer par la parole. Un simple regard ou un geste suffisent pour que l'on se comprenne.» Et Andras Keller de citer l'intérêt du compositeur pour le texte de Samuel Beckett What is the Word (Qu'est-ce que le mot), mis en musique et présenté récemment à la Cité de la Musique à Paris. «C'est peut-être une des œuvres les plus saisissante de Kurtag. Le plus étonnant, chez lui, est le langage qu'il est capable d'exprimer dans l'intervalle qui sépare deux notes. Et c'est là qu'est le mot chez György Kurtag, entre deux notes solitaires.»

Kafka-Fragmente, Luzerner Theater, sa 26 à 19 h 30.

Szalkak, Jatékok et autres compositions, KKL, di 27 à 11 h. Loc. au 041/ 226 44 80 ou sur www.lucernemusic.ch.