«Un héros.» Voilà comment le magazine allemand de: Bug, bréviaire de la culture numérique, le consacre. A 25 printemps, Lucien Nicolet s'est fait un prénom dont les consonances latines mettent en émoi le monde de la nuit, de Los Angeles à Berlin. Disséminée sur de nombreux labels européens (Mental Groove, Perlon, Max Ernst, Transmat, etc.), distinguée dans les colonnes de la presse généraliste, la production de Luciano fait déjà de lui l'une des figures les plus en vue de la scène électro.

Chevelure abondante, T-shirt noir et piercings discrets, l'homme n'a pas tout à fait renié les attributs de ses années punk. A 10 ans, après une enfance amorcée dans le Nord Vaudois, Lucien Nicolet suit ses parents à Santiago du Chili. Guitariste dans un groupe de punk, l'adolescent échange avec ses amis de l'Alliance française des cassettes du duo parisien Bérurier noir. «Ce groupe avait remplacé la batterie par une boîte à rythmes, et cela m'avait beaucoup intéressé. Dans les groupes, je me retrouvais toujours frustré, obligé de jouer avec des gens moins motivés que moi.» De la boîte à rythmes aux machines, il n'y a qu'un pas que Luciano franchit en s'essayant à la musique électronique. Et devient dans le même temps l'un des rares DJ's techno de la ville.

Jusqu'à ce que, stimulée par le retour au pays de musiciens ayant frayé avec l'électronique allemande tels Ricardo Villalobos ou Dandy Jack, la scène musicale de Santiago se mue en pôle de création majeur de l'Amérique latine. Prophète en son pays, Luciano souffre cependant de l'absence totale de structures lui permettant de développer ses talents. «Au Chili, un musicien ordinaire vit presque à l'état de clochard. Il n'y a ni médias, ni labels, ni distributeurs. Au bout de quelques années, je n'avançais plus. J'avais atteint le maximum de ce que je pouvais faire sur place, et j'ai commencé à me dire que mon double passeport pourrait peut-être m'aider.»

De retour en Suisse en 2000, Luciano prend des cours d'ingénieur du son et frappe à la porte de Mental Groove, label genevois pionnier de la scène helvétique. Très vite, quelques maxis paraissent, l'envoi ciblé de CD à divers labels lui attirant un début de notoriété européenne. Depuis, Luciano n'arrête plus. De retour d'une semaine en Afrique du Sud, le musicien et DJ s'apprête à reprendre l'avion pour Berlin, consacrant quelques jours à son amie et à ses deux enfants dans sa retraite d'Arzier, sur les hauteurs de la Côte vaudoise. C'est là, après quelques années passées sur le site genevois d'Artamis, que Luciano a déposé son matériel musical. «A Genève, j'étais constamment dérangé, tout le monde passait me voir.»

Dans la chapelle désaffectée qui lui tient lieu de studio, l'homme échafaude aujourd'hui les strates délicates d'un premier album à paraître l'an prochain sur Mental Groove, entre deux remixes pour Salif Keita ou Frédéric Galliano. «Avec ce disque, je voudrais montrer un autre aspect de ma production. Dans les festivals ou les clubs, je suis obligé de passer des choses très rythmées, mais la musique que je compose est beaucoup plus calme.» Synthèse luxuriante de house lunaire, de dub, de mélodies latines («la musique parfaite») et d'electronica crépitante, l'approche hypnotique et émotionnelle de Luciano le destine à devenir sous peu le petit génie que spécialistes et néophytes s'arrachent. Un héros, dites-vous?

Luciano. Samedi 26 juillet, minuit. Club Tent.