Carnet noir

Lucienne Schnegg, la grande dame du Capitole, a tiré le rideau rouge

L’ancienne propriétaire de la salle lausannoise Capitole, plus grand cinéma de Suisse, est décédée à l’âge de 90 ans. Elle a été une figure de la cinéphilie vaudoise. Pendant cinq décennies

Au cinéma Capitole à Lausanne, elle servait les billets en direction du rêve en technicolor un peu voûtée, pour mieux s’appliquer. Elle relevait ensuite la tête, pétillante, comme si l’achat d’un ticket était vraiment la promesse de deux heures d’ailleurs. On allait vivre la moitié d’une romance avec Audrey Hepburn, et, à l’entracte, on la retrouvait, la petite dame, derrière l’imposant comptoir du bar, façon paquebot, où elle se penchait sur les frigos pour attraper une glace. C’était Lucienne Schnegg, figure lausannoise, incarnation coquette de l’amour du cinéma. La Ville a annoncé jeudi son décès, à 90 ans.

Conte de fées

La vie de Lucienne Schnegg a tenu du conte de fée pour cinéphile. Engagée au Capitole comme secrétaire en 1949, elle en prend la direction en 1956, en raison de sa proximité avec les propriétaires. Ouvert en 1928, le Capitole a toujours été le plus grand cinéma de Suisse, avec 1100 places d’abord, puis 860 après une rénovation en 1959. Les décennies, les vedettes, les modes et épopées se sont succédé, de même que les innovations techniques depuis le cinémascope, apparu justement durant ces années 1950 pendant lesquelles Lucienne Schnegg reprend la salle. Dès l’apparition des multiplexes, la petite dame se fait rebelle, avec cette vigueur porcelaine qui la caractérise. Au Temps en 2011, elle sourit: «Je suis partie en lutte contre les multiplexes, ce n’était pas évident; j’étais un poids plume face aux requins.»

Peu avant, en 2010, elle a été consacrée par un film de Jacqueline Veuve, La petite dame du Capitole. Cette année-là aussi, elle a vendu la salle à la Ville, qui l’affecte à la Cinémathèque. Pleurant son décès, la municipalité souligne qu’«incontestablement, la passion dont elle a fait preuve en faveur de «son» Capitole a joué un rôle déterminant pour la sauvegarde de la salle et la pérennité de son affectation». Au micro de la RTS en 2002, Lucienne Schnegg lançait: «Je recommencerais tout de suite. C’est une question qui ne se pose pas.» Grande dame.

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