Des lucioles, fragiles stars bâloises

Beaux-arts Robin Meier synchronise la technique et la nature

Ce sont de petites lumières vivantes. Des coléoptères en fait que les pollutions, chimiques et lumineuses, ont quasiment fait disparaître de nos vies. Voilà les lucioles devenues les timides stars de Bâle, en marge d’Art Basel. Celles-ci viennent du Japon et elles partagent la vedette avec des criquets. C’est en fait un son et lumière pas comme les autres que Synchronicity, une installation de Robin Meier qu’on visite au large de la foire.

La pièce installée à la Volkshaus est la première production de la Commission d’art d’Audemars Piguet. Chaque année désormais, celle-ci invite un nouveau curateur qui va suivre un travail artistique de haute technicité présenté dans un des lieux d’Art Basel, la marque horlogère étant partenaire de la foire. L’an prochain, une exposition sera ainsi proposée à Hongkong, en 2017 à Miami Beach, puis de nouveau à Bâle en 2018.

C’est Marc-Olivier Wahler qui a proposé de travailler avec Robin Meier et qui a suivi avec lui le développement de Synchronicity. Le fondateur et directeur du Chalet Society avait déjà invité l’artiste lorsqu’il dirigeait le Palais de Tokyo, avec une installation où des milliers de fourmis Atta – ou fourmis coupe-feuilles – réagissaient à des impulsions visuelles et olfactives.

Au son des criquets

A Bâle, Robin Meier, un Suisse qui vit à Paris, a créé un monde où lucioles et criquets répondent également à des stimuli. L’artiste est aussi compositeur est il est ici le chef d’orchestre et le scénographe d’une œuvre créée avec le vivant. Des LED invitent les coléoptères à allumer leur lumière. Ces petites lampes artificielles sont synchronisées avec les métronomes qui frappent le tempo au milieu de l’installation, en écho aux sons produits par des ordinateurs. Et les criquets stridulent à l’unisson.

Quand il y a trop de visiteurs en même temps, ces petites bêtes se font timides, stressent. Ou font la grève. On interprète comme l’on peut la baisse sensible de leurs performances. Il reste que dans cet espace isolé, sous une vaste tente où l’on pénètre au compte-gouttes par un sas, les visiteurs capables d’oublier quelques instants l’agitation extérieure pourront vivre un moment intense. Ils apprécieront la simple beauté des choses, la collaboration entre l’artiste, les techniciens et les spécialistes du vivant nécessaires à leur réalisation. L’œuvre a notamment été l’occasion de reprendre d’anciennes recherches sur les capacités des lucioles à synchroniser leurs émissions lumineuses.

Et ils se demanderont si, à suivre des yeux les petites lumières volant dans la nuit, à tendre l’oreille aux stridulations des criquets, les battements de leur cœur n’est pas un peu influencé lui aussi par cette Synchronicity .

Synchronicity, Volkshaus, Bâle, jusqu’au 21 juin. www.audemarspiguet.com/fr/art