CHINE

L’UE encore à la recherche de sa stratégie face à Pékin

Les dirigeants européens ont débattu à Bruxelles de la position à adopter face à la Chine, entre souci de protéger leurs intérêts stratégiques et divergences de vues sur le ton à adopter

Les Européens sont-ils trop naïfs face à la Chine? L’UE en a discuté vendredi à Bruxelles et a essayé de mettre sur pied une stratégie cohérente à deux semaines d’un sommet UE-Chine le 9 avril, mais aussi à quelques jours d’une rencontre prévue à Paris entre Emmanuel Macron, Angela Merkel, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et le président chinois, Xi Jinping.

Une cohérence d’autant plus nécessaire que, face à Pékin, plusieurs divisions existent, avec l’Italie (où le président chinois se trouvait d’ailleurs déjà le même jour) qui s’apprête à devenir le 14e pays à rejoindre le projet chinois des «nouvelles Routes de la soie»; mais aussi avec le groupe dit 16+1, qui réunit 11 pays membres désireux de parler d’une voix différente à Pékin. Mais la Chine, c’est aussi la cybersécurité et l’approche à suivre vis-à-vis de Huawei, qui fera l’objet d’une ébauche d’approche commune pour la fin mars, comme l’a dit Jean-Claude Juncker.

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En matière commerciale, l’UE a estimé vendredi qu’il était temps d’obtenir des résultats sur la réciprocité en matière d’accès aux marchés publics, comme l’a souligné le président de la Commission. «Nos relations avec la Chine sont bonnes mais ne sont pas excellentes», a commenté le Luxembourgeois: «On ne peut pas construire quelque chose de stable sur des déséquilibres qui persistent.» L’UE aimerait donc pouvoir conclure avec la Chine un accord international sur les investissements, dont elle discute déjà depuis un certain temps. Mais il est temps aussi que l’UE se protège elle-même, ce qu’elle a commencé à faire en se dotant d’un mécanisme de filtrage des investissements étrangers.

UE trop ouverte

Vendredi, l’UE a donc accepté de reprendre les discussions sur ses instruments relatifs aux marchés publics internationaux, un outil antidumping proposé en 2012 mais sur lequel les Etats membres n’ont pas encore pu s’entendre et qui ne fait pas vraiment l’unanimité, surtout auprès des pays membres traditionnellement plus libres-échangistes. Cet instrument leur permettrait de fixer des pourcentages pour l’accès des entreprises étrangères aux marchés publics européens. Plus qu’utile pour Jean-Claude Juncker, qui a souligné qu’avec plus de «2400 milliards d’euros de marchés publics européens presque intégralement accessibles aux entreprises étrangères», l’UE apparaît aujourd’hui trop ouverte par rapport à ses partenaires mondiaux.

Il a aussi été question de commerce, le Polonais Donald Tusk continuant, lui, de pousser pour que la Chine inclue «les subventions industrielles comme un élément crucial de la réforme de l’OMC», l’un des grands sujets du sommet du 9 avril à Bruxelles.

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Est-ce suffisant? Pour le président Macron, il y a déjà matière à se réjouir car cette discussion sur la Chine était «une première» pour les Vingt-Huit. «Le réveil était nécessaire.» Le Français pourra aussi se targuer du fait que l’UE a accepté vendredi de continuer à adapter son cadre en matière de concurrence et de scruter de plus près ses lacunes. Ce n’est certes pas la révision des règles européennes de concurrence que Paris et Berlin avaient réclamée après l’épisode Alstom-Siemens, mais c’est toujours mieux que rien.

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