Festival

Le LUFF, étal à décalages

Le grand raout de l’étrange filmique et musical prend Lausanne dès le 16 octobre. Tour d’horizon

Le LUFF a une réputation bifide. D’une part, le Lausanne Underground Film & Music Festival est une célébration des marges, sonores et visuelles – on a souvent parlé à son sujet de «cabinet de curiosités», et c’est tout à fait justifié. Si l’on file un peu la métaphore du Wunderkammer, on touchera l’autre face de la nature du LUFF: la profusion – d’objets artistiques en équilibre instable, juxtaposés selon la logique du rêve, quelquefois superbement de bric et de broc.

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Courant aventureux 

L’offre du festival se décline, assez classiquement pour le coup, en films, concerts, ateliers et prestations off – mais tout, on l’aura compris, est ici nourri de propositions adventices. Au rayon des images animées, au-delà des polyptyques consacrés à des figures individuelles (Derek Jarman, Gérard Kikoïne ou la cinéaste queer Barbara Hammer), les fulgurances poétiques sont légion, qu’elles relèvent de la magie visuelle (cf. la thématique consacrée à l’expanded cinema, qui joue de la multiplication des sources de projection) ou de l’humour noir involontaire: ainsi de la récolte faite par le LUFF de films éducatifs (par exemple de prévention routière) jugés trop brindezingues (ou trop effrayants) et refusés par les autorités publiques qui les avaient commandés.

Dans le régime des sons, le motto de 2019 est le suivant: «Pas de concerts. Telle est la ligne de programmation musicale. Une ligne difficile à tenir, contradictoire, voire suicidaire.» C’est courageux. C’est en partie vrai – la salle des fêtes du Casino de Montbenon sera effectivement partiellement dévolue à des installations plus ou moins éphémères et à des expériences parallèles: une causerie guitare au poing avec Alan Licht (à 2h du matin dans la nuit de samedi à dimanche!), ou un jeu sur la perception avec Francesco Fonassi. Mais concerts stricto sensu, il y aura également et – entre la musique de transe tranquille de Robert Aiki Aubrey Lowe (le vendredi) ou le synthpunk névrotique de Christophe Clébard (samedi) – systématiquement dans un courant aventureux. On notera surtout la venue (jeudi) des Canadiens du Nihilist Spasm Band, formation légendaire dès sa naissance en 1966 pour sa capacité à faire du bruit et à peu près n’importe quoi – «Dada siegt!» les résume assez bien.

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Bruits et antiquailles

Dernière étape: les workshops et l’offre off (que le LUFF appelle L’OFF). On ne saura que conseiller aux parents d’inscrire leurs enfants (de 11 à 15 ans) à l’atelier dirigé par Serge Teuscher, «Harsh Noise pour les jeunes», durant lequel vos préados et ados pourront apprendre de quelle manière on peut détourner des appareils électroniques pour en tirer le maximum de bruit – faites une croix sur vos grasses matinées dominicales. On vous dirigera également, le samedi, vers le bal acoustique de La Novia – Yann Gourdon à la vielle à roue et Perrine Bourel au violon pour des reviviscences de musiques anciennes – ou, l'avant-veille, vers Rodolphe Loubatière, qui explorera tout le spectre sonore d’une seule caisse claire.


LUFF, Casino de Montbenon, allée Ernest-Ansermet 3, Lausanne. Du 16 au 20 octobre.

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