A lire l’édito que Julien Bodivit, l’un des directeurs artistiques du LUFF (Lausanne Underground Film & Music Festival), consacre à l’édition 2017 de son raout, on croit comprendre que les organisateurs ont souhaité réduire la voilure. De l’humble avis de l’auteur de ces lignes, c’est en tout cas la moitié d’un mensonge. Certes, la programmation est peut-être moins perlée que les années précédentes de ces grandes figures dont le haut de la tête perce le plafond des souterrains de la culture. Mais pour le reste, ce LUFF 2017 reste un impeccable catalogue d’expériences à haute valeur ajoutée à destination de celles et ceux pour qui les chocs répétés sur l’œil et l’oreille sont autant de distributeurs d’émotions et de sens.

Eros, Thanatos et deux beaux gosses

Il y a indéniablement, chez les têtes pensantes du LUFF, une culture du «mauvais genre» – du nom de cette émission de France Culture appliquée depuis deux décennies à célébrer les «cultures dérangeantes», et dont deux des producteurs (François Angelier et Christophe Bier) feront d’ailleurs le déplacement de Lausanne pour présenter leurs vues en la matière au travers de la projection d’une série de films. Mauvais genre donc, mais simultanément heurts réjouissants – du grotesque sublime au noir cathartique – matérialisés dans une programmation cinéma qui ira de la dystopie post-apocalyptique de Flying Lotus (Kuso) à des cycles consacrés à l'(in-?)culture redneck aux Etats-Unis, à l’érotisme social japonais, ou au nécro-réalisme du réalisateur russe Yevgeni Yufit. On confessera au surplus un intérêt particulier pour deux des documentaires musicaux proposés: Bunch of Kunst (Christine Frantz, 2017), consacré aux deux énervés de Sleaford Mods; et Blackhearts (Fredrik Horn Akselsen & Christian Falch, 2017), qui dresse le portrait de groupes de black metal issus de Colombie, d’Iran et de Grèce.

Forficule

Côté musique justement, on ne mégote pas non plus sur la commotion. Au-delà de la venue samedi 21 (on vous en reparle dans quelques jours) de Sam Kidel, grand maître du détournement de la muzak (entendez: la musique d’ascenseur), et de celle (mercredi) de Graham Lewis (bassiste des post-punk de Wire) accompagné de sa fille bruitiste Klara, on signalera plusieurs occasions de carambolages: par exemple, mercredi, avec le duo autrichien Kutin/Kindlinger, qui nous montrera comment on peut faire de la musique en tentant de faire exploser une vitre pare-balles; ou, le même soir, avec Torturing Nurse, projet définitivement abrasif (et sévèrement censuré au pays de M. Xi) du Chinois Chaos Junky; ou encore jeudi, avec Gordon Ashworth et ses manipulations de bandes magnétiques; ou enfin vendredi avec Tzitzimime, improbable assemblage de metal (très) brut piqué de mythologie aztèque. Attention, ça peut piquer.

#payetonmicro

De choc en choc, c’est une pédagogie que propose le LUFF, qui permet de s’ouvrir à des expressions de l’altérité. On notera dès lors pour conclure que cet apprentissage peut également se faire, dans le cadre du festival, d’une manière plus explicitement participative, par le biais des nombreux workshops proposés. Si celui du percussionniste Sean Baxter («Techniques étendues pour batterie») s’intéresse a priori davantage à des instrumentistes qu’au commun des mortels, celui du bruitiste Christof Migone (samedi, sur inscription) devrait s’avérer moins intimidant: il s’agira pour les participants de tenter de comprendre et ressentir ce qu’est un micro. L’atelier se terminera par une performance, «Hit Parade», qui invitera les participants à se coucher à plat ventre sur les escaliers du palais de justice de Montbenon pour taper en cadence sur les marches avec un micro. Chiche?


LUFF, Casino de Montbenon, allée Ernest-Ansermet 3, Lausanne. Du 18 au 22 octobre.