«Ecrire et résister», c’était la devise que Luis Sepúlveda empruntait volontiers au Brésilien Guimarães Rosa, et c’est ce qu’il a fait toute sa vie. Le Covid-19 a eu raison de l’écrivain chilien, mettant fin, à l’âge de 70 ans, à une biographie marquée par l’engagement politique et le romantisme. Il avait contracté le virus à la fin de février, lors d’un festival littéraire au Portugal. Il est décédé le 16 avril, à Oviedo, dans les Asturies, où il avait choisi de vivre.

Luis Sepúlveda était le plus connu des auteurs latino-américains vivants. Deux titres ont fait sa célébrité mondiale: Le Vieux qui lisait des romans d’amour (Métailié, 1992, dans une traduction de François Maspero) et une fable pour enfants, Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (Métailié, 1996), transposée en dessin animé et à la scène. Son œuvre compte des romans, des nouvelles, des contes, des recueils d’articles, car il exerça un temps le métier de journaliste.

Militant communiste

Né le 4 octobre 1949 à Ovalle au Chili, Luis Sepúlveda a été un militant communiste dans sa prime jeunesse, et proche du gouvernement socialiste de Salvador Allende. Après le coup d’Etat du général Pinochet, le 11 septembre 1973, il est arrêté et condamné, en 1975, à 28 ans de prison. Amnesty International le fait libérer au bout de deux ans et demi. La Suède l’accueille, il y réside pendant sept ans. C’est de là qu’il visite les pays d’Amérique latine. Il s’engage à côté des sandinistes au Nicaragua, passe sept mois pour une mission de l’Unesco dans une tribu d’Indiens Shuars en Amazonie. Par la suite, il travaillera pour Greenpeace.

Avec sa femme, Carmen, une militante retrouvée vingt ans après l’exil, il s’installe dans les Asturies. «C’est une région de vieille tradition de lutte ouvrière qui est restée à gauche, une culture toujours vivante», disait-il au Temps en 2004. Il n’est jamais retourné au Chili, dont il jugeait sévèrement les gouvernements successifs: «Il y a une amnésie organisée. Le Chili a une histoire sale. Le gouvernement est social-démocrate, mais avec une Constitution et un système économique établis par une dictature! Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ne sont pas ceux qui ont œuvré dans la résistance mais ceux qui ont pactisé avec la dictature.»

Préoccupations écologiques

Dans son dernier roman, La Fin de l’histoire (Métailié, 2017), Luis Sepúlveda revisite l’histoire récente de son pays et la relie à celle de la révolution soviétique à travers la figure de Miguel Krassnoff, descendant d’un chef cosaque de l’Armée blanche, émigré au Chili. On retrouve, dans ce roman noir, l’alter ego de l’auteur, Juan Belmonte, vivant caché au sud du Chili. L’ancien militant tente de protéger sa compagne, rescapée des tortures de la Villa Grimaldi, du retour des souvenirs traumatisants.

Contexte politique résurgent, intrigue policière, roman d’amour romantique: La Fin de l’histoire réunit les thèmes principaux de l’œuvre du Chilien, auxquels s’ajoutent les préoccupations écologiques qui sous-tendent les fables comme La Mouette et le Chat ou les interventions de Luis Sepúlveda en faveur de la forêt amazonienne et de ses habitants.