A Lausanne, Giancarlo del Monaco les suit à la lettre dans sa lecture de l’opéra de Verdi tiré du texte allemand. Sa mise en scène enserre d’emblée Luisa Miller dans un étau. Entre le rêve clair d’une vie familiale idéale, et la noirceur terrifiante d’une mort annoncée. L’Italien pose lui aussi d’entrée ses marques.

Avant même la musique, un groupe de statues en marbre blanc. Il ne manque qu’un feu de cheminée pour réchauffer la douceur figée de ce foyer aisé, si pâle. Aux premières notes de l’ouverture, les personnages, fixés sur un sol noir luisant, basculent lentement à la verticale. Puis l’ensemble s’élève jusqu’aux cintres dans un renversement saisissant. L’action et le chant se déploient dès lors sous cette scène domestique à l’envers, miroir inversé de la tragédie, épée de Damoclès impitoyable. Le chœur endeuillé, bougie en main, tournera pendant tout le spectacle autour des chanteurs. Tout est dit, en noir et blanc.

Procédé manichéen? Esthétique glacée et classique? Peut-être. Mais d’une efficacité redoutable. D’autant que le chef Roberto Rizzi Brignoli chauffe à blanc les sentiments et réveille magnifiquement les couleurs de la partition. Le galbe des lignes, la souplesse des phrasés, les respirations haletantes ou suspendues, le feu, la haine et la tendresse: l’OCL répond pleinement à la puissance de ce fiévreux appel verdien. Il faut une certaine schizophrénie vocale pour le rôle de Luisa. Une voix de colorature dramatique et virtuose, sur un tempérament fragile et délicat. Lana Kos se situe dans le premier registre. Sa prise de rôle en remplacement d’Alexia Voulgaridou s’avère pourtant formidable, malgré un vibrato un peu envahissant et une vaillance infatigable (quels aigus!).

Des trois basses, aux timbres complémentaires, le Miller de Luca Salsi emporte tout sur son passage, devant un Walter diabolique (Giovanni Furlanetto) et un Wurm ignoble (Daniel Golossov). Le Rodolfo de Giuseppe Gipali libère l’éclat de son timbre au fil du spectacle, entre une Federica au mezzo un rien poudré (Marie Karall) et une Laura très fine (Céline Meillon).

Opéra de Lausanne, 28 mars à 20h, le 30 à 15h