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L’ultime album de Johnny Hallyday aux mains de la justice

Le tribunal de Nanterre se prononcera le 30 mars sur la demande de David Hallyday et de Laura Smet de ne pas autoriser la sortie de l’ultime album du chanteur décédé

On ne connaît pas son titre. Ni son contenu. Ni ses refrains. Seul le nombre de morceaux (dix) enregistrés en Californie puis mixés au studio Guillaume Tell de Suresnes (Hauts de Seine) a été évoqué mercredi, lors de l’audience du Tribunal de Nanterre sur le sort de ce futur disque posthume de Johnny Hallyday, devenu le symbole de la bataille entre David Hallyday et Laura Smet d’un côté, et sa veuve Laetitia Hallyday de l’autre. Une veuve alliée dans ce combat judiciaire à la firme Warner Music, avec laquelle la star, décédée le 5 décembre 2017, et enterrée à Saint-Barthelemy (Antilles) avait signé voici douze ans.

Les juges, qui ont accepté d’entrer en matière malgré les objections des avocats de Laetitia, se prononceront sur ce 51e album le 30 mars prochain.

Dissociée de la bataille sur l’héritage de Johnny et sur la décision du chanteur de léguer la totalité de ses biens à son ex-épouse et à sa famille, la joute judiciaire à propos de cet album est présentée par les plaignants comme «avant tout artistique». Pour le chanteur David Hallyday et sa sœur actrice Laura Smet, la diffusion de ce disque ne doit pas être autorisée sans qu’ils aient pu au préalable y avoir accès, ce que refuse catégoriquement Laetitia. Mais derrière cet argument moral se cache une guerre de tranchées pour l’héritage artistique du chanteur, dont les héritiers sont supposés percevoir des droits d’auteur à chaque diffusion d’une de ses chansons, à l’exception des tout premiers titres des années 1960, tombés dans le domaine public. Une manne estimée à plusieurs millions d’euros.

La résidence physique de l’artiste

L’autre point crucial de cette joute judiciaire est d’établir la résidence physique de l’artiste défunt. En juillet 2014, alors qu’il résidait aux Etats-Unis où il avait plusieurs fois été hospitalisé à Los Angeles, Johnny Hallyday avait rédigé un nouveau testament, déshéritant le fils né de son union avec Sylvie Vartan, et sa fille née de son union avec Nathalie Baye. L’ex-idole des jeunes avait, par ce document, donné l’ensemble de ses biens à ses deux filles adoptives d’origine vietnamiennes, Jade et Joy, son épouse Laetitia en ayant l’usufruit avec son beau-frère et sa belle-mère.

Or ces volontés, légales au regard du droit américain, ne le sont pas au regard de la loi Française qui interdit de déshériter totalement ses enfants. Le fait que Johnny ait été domicilié en France au moment de son décès pourrait donc, si cette première passe d’arme judiciaire l’établit formellement, conforter la contestation du testament devant les tribunaux.

«Mamie Rock» et le fisc

Dernier point important en filigrane de cette première requête devant les juges: permettre à David Hallyday et à Laura Smet, si leur demande est jugée recevable, d’entrouvrir la porte de Warner Music, verrouillée à double tour par la star et par sa famille. Artiste réputé pour ses frasques financières et son «nomadisme» fiscal, Johnny faisait intervenir dans la production de ses albums et de ses concerts une dizaine de sociétés commerciales plus ou moins gérées en coulisses par la famille Boudou, le nom de jeune fille de Laetitia. La grand-mère de cette dernière, Elyette, avait même, selon la presse people, été affublée par le chanteur du Pénitencier du surnom «Mamie Rock».

Les avocats des deux enfants déchus de leurs droits ont mis en garde contre un héritage qui «flouerait» aussi le fisc français, de la part d’une vedette dont l’essentiel du succès commercial s’est déroulé dans l’Hexagone. L’existence de «trusts» a d’ailleurs été évoquée dès cette première audience. Or s’ils accordent un droit de regard sur le dernier album, les juges de Nanterre démontreront que les dernières volontés de Johnny peuvent faire l’objet d’aménagements.

La contestation sur cet ultime disque, dont certains pensent qu’il sera un succès posthume, est aussi importante vis-à-vis des fans de Johnny, majoritairement attachés au duo David-Hallyday-Laura Smet. Le fait que David soit le fils de Sylvie Vartan, mais aussi en raison de la collaboration avec son père pour l’album Sang pour sang sorti en 1999, a conféré à ce dernier une légitimité artistique dont le clan Laetitia est cruellement démuni.

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