Cette fois-ci, ce ne sera pas un acteur porno avec son membre dressé sur la scène. Mais forcément, l’avertissement qu’affiche le Grand Théâtre de Genève pour déconseiller aux moins de 16 ans le prochain Lulu de Berg monté par Olivier Py suscite des questionnements. Et fait réagir. Certaines personnes ont déjà écrit au Grand Théâtre pour condamner les pratiques du metteur en scène avant même d’avoir vu le spectacle.

Olivier Py s’était agacé de l’étalage médiatique qu’avait provoqué Tannhäuser, en amont de la première en septembre 2005. Des rumeurs avaient circulé au sujet d’un acteur porno qui devait se produire dans le ballet du premier acte. L’enlèvement d’Europe par Zeus voyait effectivement HPG (Hervé-Pierre Gustave), revêtu d’un masque de taureau, brandir son sexe et interagir avec sa compagne au corps tatoué et anorexique. Ni plus ni moins. La représentation d’une crucifixion, dénudée elle aussi, en 2003 dans La Damnation de Faust avait pareillement heurté certaines sensibilités.

A quoi s’attendre? Plus hard? Plus soft? L’objet de l’avertissement est une séquence vidéo qui montre des images plus ou moins nettes, toutefois explicites. «Le spectacle n’est pas interdit aux mineurs, prévient Tobias Richter, mais je tenais à mettre cet avertissement pour être conforme à la loi et à l’éthique qui a prévalu jusqu’ici au Grand Théâtre. Pour Tannhäuser, il y a eu quasiment le même texte. Et dans l’ensemble, ce genre de projection vidéo est un objet rare et inhabituel sur une scène lyrique.»

Le directeur du Grand Théâtre et ses collaborateurs ont fait appel à des juristes pour évaluer le degré de censure à appliquer. «C’est un vidéogramme retravaillé, avec des images plus ou moins floues, mais on se doute bien de ce qui se passe, confirme Daniel Dollé, conseiller artistique et dramaturge au Grand Théâtre. Nous avons listé des choses qui étaient susceptibles de tomber sous la législation, à savoir l’article 197 du Code pénal suisse sur la pornographie.» Après avoir consulté les experts, le Grand Théâtre a tranché pour une mise en garde – et non une interdiction formelle aux mineurs.

«L’opéra est le dernier bastion où s’exerce une passion un peu exacerbée autour de ces choses», commente Daniel Dollé. L’assistant de Tobias Richter affûte déjà sa plume pour répondre au courrier. «Il faut s’attendre à des commentaires de toute espèce: on est allé trop loin, pas assez loin…» Mais surtout, il se dit que Lulu, chef-d’œuvre de complexité, n’est pas d’un abord facile pour un jeune public. «Ça suppose un background culturel qu’on n’a généralement pas à 10-15 ans.»