Il est rare qu'au même moment, dans la même ville, autant d'expositions montrent des œuvres où l'on voit affleurer la force mystérieuse à laquelle les hommes n'ont cessé de chercher à donner un nom et une forme. Les explosions de lumière et de couleur du vieux Matisse, les pierres rayonnantes des maçons du Moyen Age, la danse des points lumineux sous les pinceaux de Seurat ou de Klee, l'énigme de la foi vue par des athées comme Picasso et Bacon, ou la quête des stigmates que Gina Pane impose à son propre corps. Mais aussi les plumes, les masques et les statues des Indiens du Brésil, une civilisation dont nous ignorons presque tout et qui paraît familière parce qu'elle a construit à sa manière une image cohérente du monde, aussi cohérente que la nôtre. A toutes les époques et en tous lieux, certains hommes ont bâti, sculpté, peint ou fabriqué des objets chargés d'interpréter et d'humaniser les événements qui échappent à la volonté de tous les hommes. On les appelle des artistes, des artisans au service de Dieu, des sorciers, et toute autre dénomination désignant ceux qui ont pour tâche de rendre visible ce que les autres voient moins bien qu'eux ou ne voient pas du tout. Voilà six expositions où souffle la puissance de leur imaginaire.