Exposition

Lumières et ombres des Hollandais à Lens

Les collections flamandes et hollandaises du Musée d’art et d’histoire de Genève font escale à la Fondation Pierre Arnaud

La peinture flamande et hollandaise, si richement représentée dans les collections du Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH), est d’une certaine austérité et plutôt triste, quand bien même elle donne tantôt dans la grivoiserie et comporte, dans les scènes de genre notamment, certains détails à croquer. Pour valoriser ce fonds récemment restauré, qui arbore donc des joues fraîches et un petit air de neuf, en dépit du fait qu’il nous rapporte, pour sa grande partie, au XVIIe considéré comme le siècle d’or, 81 tableaux choisis font l’objet d’une présentation.

A Lens d’abord, puis à Caen et dans trois villes catalanes ensuite. Maître d’œuvre de l’entreprise d’étude et de soins attentifs voués à chacune des 280 pièces de la collection, entreprise de longue haleine qui s’est étendue de 2002 à 2009 et a permis de modifier l’attribution de près de la moitié des œuvres, Frédéric Elsig l’est aussi de cette exposition itinérante, qui porte la bonne nouvelle, et des tableaux autrement cachés dans les réserves, à des publics plus ou moins éloignés.

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Des peintures en excellent état, mais fragiles

La bonne nouvelle tient donc dans l’état excellent de ces peintures, néanmoins d’une certaine fragilité: une reproduction, qui remplace une pièce trop sensible pour qu’on en risque le transport, témoigne de la vulnérabilité de ces compositions sur bois de chêne, sur cuivre ou sur toile. Quant au propos, il se résume dans la distinction bien marquée entre la manière brillante de la peinture flamande, issue des provinces à majorité catholique du territoire de l’actuelle Belgique, et celle, plus diversifiée, des provinces unies de la Hollande, de confession calviniste.

Pour faire bref, et sans craindre un raccourci quelque peu abusif, chaque camp posséderait son champion, Rubens pour les peintres flamands et leurs références à la peinture italienne, Rembrandt pour l’école «tonaliste» hollandaise…

Du portrait à la nature morte

Répartie selon la traditionnelle distinction entre les genres picturaux, cette dixième exposition que propose la Fondation Pierre Arnaud, au terme de trois années d’existence, nous emmène donc du portrait, comme celui, de Pieter van Veen, son fils Cornelis et son clerc Hendrick Borsman par Jan van Ravestyn, à la nature morte, telles les fleurs magnifiques de Jan Brueghel. Soit du genre le plus ancien au plus récent, en passant par la peinture d’histoire, le paysage, la scène de genre naturellement.

Au fil de la visite, on verra la palette changer d’harmonie, plus colorée chez les uns, d’une monotonie vectrice peut-être de davantage de poésie chez les autres, les détails se préciser ou au contraire se diluer, on se sentira porté vers telle ou telle scène, ou moment d’une composition, comme cet étrange enfant aux mains et au visage d’un autre âge, qui dans la Consultation de Johan Woutersz tient une poule contre son cœur. On frémira, devant les boursouflures et le rougeoiement du Bœuf écorché que signe Jan Victors dans la ligne de Rembrandt, et décèlera le charme de paysages et scènes d’extérieur vernaculaires, marins ou italiens.

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Erudition et émotion

Un peu désorienté par les prénoms, tous ces Jan, ces Pieter et ces David, sans parler des noms de famille, on finira, pour peu qu’on leur consente un peu d’attention et de proximité, par se familiariser avec les œuvres mêmes, jusqu’à se sentir impliqué dans les conflits entre les animaux, ces dindes criant contre la fouine, ou le renard effrayant les bovins, voire dans la pénitence de saint Jérôme, le triomphe, ici un peu fat, de David contre Goliath, la joie des enfants jouant avec des bulles de savon. Et on quittera l’exposition enrichi, non seulement dans le domaine de l’érudition, mais aussi dans le registre de l’émotion.


«Peintures flamandes et hollandaises du Musée d’art et d’histoire de Genève». Fondation Pierre Arnaud, Lens, jusqu’au 22 janvier. Me-di 10h-18h. www.fondationpierrearnaud.ch

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