patrimoine

A l’Unesco, la France fait face aux candidatures arabes

L’ex-ministre française de la Culture, Audrey Azoulay, vise le poste de secrétaire générale de l’organisation onusienne dédiée à la culture. Le vote, ce lundi, l’oppose à plusieurs candidats arabes

La Suisse ne participera pas à l’élection, ce lundi, du nouveau directeur général de l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture dotée d’un budget annuel d’environ 350 millions de dollars. En novembre 2015, lors du renouvellement du Conseil exécutif de 58 pays membres appelé à désigner le patron de cette institution basée à Paris, la Confédération avait renoncé à poser sa candidature au sein du groupe électoral 1 qui regroupe les pays occidentaux. Le nouvel ambassadeur helvétique à l’Unesco, Martin Michelet, assistera néanmoins aux débats, puis au vote à bulletin secret, au siège parisien situé face à l’Ecole militaire, face à la tour Eiffel.

Neuf candidatures

Sur le papier, neuf Etats sur les 195 membres ont présenté des candidats pour succéder à la bulgare Irina Bokova, élue en novembre 2009 dixième directeur de l’Organisation fondée en 1946. Mais l’affrontement principal aura lieu entre la France, pays hôte, et les pays arabes, bien décidés à placer enfin l’un des leurs, après l’échec en 2009 de l’Egyptien Farouk Hosni, un séide du régime Moubarak qui avait été écarté en raison de ses appels à brûler les livres israéliens présents dans les bibliothèques de son pays.

En 2014: Régime sec à l’Unesco

L’Egypte, le Qatar, le Liban et l’Irak ont donc désigné des candidats. La France, elle, a mis en orbite l’ancienne ministre de la Culture Audrey Azoulay… très proche du Maroc par son père, conseiller personnel du défunt roi Hassan II et de l’actuel souverain Mohamed VI. Quatre pays espèrent profiter de cet affrontement pour voir leur champion sortir du chapeau: la Chine, l’Azerbaïdjan, le Guatemala et le Vietnam.

Un jeu fort politique

Pour Audrey Azoulay, ex-conseillère puis ministre de François Hollande, la partie est très politique. Cette dernière est avec le candidat chinois Qian Tang – actuel sous-directeur chargé de l’éducation au sein de l’organisation, jusque-là sous estimé – la seule représentante des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Une spécificité importante vu le défi budgétaire que représente le retrait, depuis 2011, des Etats-Unis (contributeurs à hauteur de 22%) pour protester contre l’admission de la Palestine, devenue membre à part entière de l’Unesco.

La crise avec Washington, et avec Israël, est devenue plus aiguë encore après l’adoption, en 2016, d’une résolution de l’Unesco présentée par les pays arabes, ne faisant référence qu’aux lieux saints musulmans de Jérusalem. L’Allemagne et le Royaume-Uni avaient alors voté contre. La France s’était abstenue.

A ce sujet: L’Unesco inscrit Hébron sur sa liste du patrimoine mondial au grand dam d’Israël

Le monde arabe jamais présent à la direction

Du côté arabe, la revendication est géographique. Jamais cette partie du monde n’a obtenu le poste de directeur général. Avant la bulgare Bokova (candidate malheureuse à la tête de l’ONU), le patron de l’Unesco était le Japonais Koichi Matsuura. Le candidat de compromis, jusqu’à la crise récente entre pays du Golfe, semblait pouvoir être l’ancien ministre qatari de la Culture Hamad al-Kawari, auteur du Majlis des cultures (Ed. Odile Jacob).

Mais aux dernières nouvelles, sa rivale égyptienne Moushira Khattab – familière de Genève où elle a dirigé les travaux de la Commission internationale sur les droits de l’enfant, avant de travailler pour l’OMS – semblait mieux placée. Avec, pour tous, le même défi: remettre sur pied une organisation financièrement affaiblie, fracturée, et soumise à très haute surveillance politique.

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