Les échanges et la communication dans nos sociétés reposent sur des codes dont, souvent, les significations élémentaires se sont perdues. Surtout avec le brassage des usagers. Ce qui a engendré après la guerre, lorsque les relations se sont remises en route, une floraison d'écritures pictographiques. C'est sur ce recours, à des scènes figurées et symboliques ou à des associations de formes compréhensibles par tous, que se basent les travaux de Matt Mullican. Ce Californien né en 1951 s'est demandé dès les années 70 (aux belles heures de l'Art conceptuel et de l'Art Language) comment transcrire en images des idées ou des notions abstraites. Il s'est mis à recenser, par des schémas graphiques, les postures humaines possibles. A s'intéresser à l'ensemble des activités, échanges économiques, inventions mécaniques, réalisations architecturales, pour en dégager un vocabulaire de signes. Et c'est à l'explication de cette entreprise qui dure depuis trente ans et se prolonge grâce à l'informatique, par la conception de cités et univers virtuels, qu'est consacrée la rétrospective du Kunstmuseum de Saint-Gall.

Sources diverses

Le visiteur aura le sentiment que l'artiste ne fait que réinventer la roue. N'empêche que Mullican est allé pêcher les multiples formulations de pensée et d'expressions humaines aussi bien dans des bandes dessinées que dans des gravures anciennes, dans des archives scientifiques que sur les paquets d'allumettes. Qu'il s'est soumis à des séances d'hypnose pour mieux trouver en lui-même des formulations primordiales. Qu'il a donné à ses intentions un aspect encyclopédique. Mais qu'il a aussi conféré à son travail une dimension proprement esthétique de par l'importance accordée aux couleurs franches, dont il a étudié les impacts psychologiques. Par la multiplicité des supports qu'il a façonnés, bannières, affiches, objets en verre ou en fer forgé, photographies, dessins ou programmes informatiques. Si bien que le spectateur se trouve face à un décalque: l'éternel désir qu'a l'homme de vouloir remodeler le monde. Une tentation qui oscille toujours entre rêve et cauchemar, comme le laissent entrevoir les plus récentes images, fascinantes et glacées, de Mullican.

Matt Mullican. More Details from an Imaginary Universe.

Kunstverein St. Gallen im Kunstmuseum (tél. 071/ 242 06 74).

Ma-ve 10-12 h et 14-17 h, sa-di 10-17 h. Jusqu'au 29 avril.