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L'univers Marvel est-il féministe?

Sorti depuis seulement cinq jours, «Avengers Endgame», ultime volet du cycle Marvel entamé il y a onze années avec «Iron Man», bat déjà des records au box-office. Si l’univers de ces super-héros continue de passionner les foules, quelle est la place accordée aux super-héroïnes? Décryptage

En onze années, depuis la sortie du premier volet d’Iron Man en 2008, l’Univers cinématographique Marvel (Marvel Cinematic Universe, «MCU») a produit près de vingt-deux films. Il aura fallu attendre le 21e pour que la franchise se décide à consacrer une super-héroïne. Captain Marvel, sorti en mars dernier, fut un véritable succès en salle. Les femmes, le «MCU» les a toujours prises en compte en leur accordant une place plus importante au fil des années. D’abord soutien des super-héros jusqu’à devenir des héroïnes à part entière, quel traitement des femmes dans l’univers Marvel?

Elles sont super-fortes

Avec Captain Marvel, le «MCU» frappe un coup fort. Interprétée par l’oscarisée Brie Larson, Carol Danvers atteint le paroxysme de l’incarnation féministe. Pilote de l’armée américaine, la jeune femme brise tous les records et plafonds de verre avant même que les femmes pilotes n’aient le droit de mener des missions. Jusqu’au jour où l’héroïne acquiert des super-pouvoirs, une partie d’elle devient alors une guerrière Kree en quête perpétuelle de perfection. Elle devient l’un des personnages centraux de l’univers, seule capable de mettre en échec le super-vilain Thanos.

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L’année passée, la franchise avait déjà innové en mettant en scène le premier super-héros noir de l’histoire des blockbusters. Un super-héros qui compte en permanence sur une garde rapprochée entièrement féminine. Dans Black Panther, les Doras Milaje sont des femmes et dévouent leur vie au trône et à la sécurité du royaume. Des guerrières, donc, mais aussi des femmes de pouvoir. Ramonda (Angela Bassett), la mère du héros, T’Challa, est la reine mère du Wakanda et véritable figure matriarcale.

Dans Ant-man et la Guêpe, le personnage féminin intègre un titre pour la première fois. On retrouve alors les talents de combattante dee Hope van Dyne, interprétée par Evangeline Lilly (notamment propulsée par la série Lost au début des années 2000). Son personnage est agile, intelligent et dirige les opérations. Elle est celle qui vient apporter ordre et crédibilité à Ant-Man, qui ne se prend que très rarement au sérieux.

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Elles sont super-méchantes

Dans l’imaginaire collectif comme dans les films du MCU, le rôle du méchant est bien souvent masculinisé. Peu à peu, le groupe a détricoté cette idée reçue. Dans Thor: Ragnarok, Hela, la sœur du super-héros, interprétée par la grande Cate Blanchett, est une déesse de la mort qui ne rêve que de récupérer le trône de son frère. Dans la même idée, il y a aussi Gamora, bien moins vilaine, mais tueuse de l’ombre dans Les gardiens de la galaxie. Elle exécute sans pitié, une véritable dure à cuire interprétée par Zoe Saldana.

Elles sont super-subtiles

Jouée par Scarlett Johansson, Natasha Romanoff, la Veuve noire, fait sa première apparition en 2010 dans Iron Man 2. On y découvre alors un personnage combatif et toujours performant. La Veuve est celle qu’on veut à tout prix dans son équipe. Natasha Romanoff est aussi très subtile. Lorsque, dans Marvel: L’ère d’Ultron, tous essaient, en vain, de soulever le marteau de Thor – «une évidente métaphore de qui a le plus gros zizi», relève Antoine Duplan, spécialiste cinéma du Temps –, elle refuse évidemment de se prêter au jeu.

Dans Black Panther, Letitia Wright, aperçue dans l'épisode final du Black Mirror, est Shuri. Elle aussi un personnage habile, le petit génie du royaume du Wakanda. La sœur de T’Challa conçoit les vêtements et les armes de son frère.

Mais elles sont super-minoritaires…

On pourrait en citer bien d’autres. Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) dans Iron Man, est d’abord la secrétaire du super-héros, dont ce dernier est très dépendant, avant de jouer un rôle déterminant au fil de la saga. Ou encore Valkyrie (Tessa Thompson), qui se distingue dans Thor: Ragnarok. La féminisation du MCU semble alors indéniable, mais les super-héros restent toujours plus nombreux que les super-héroïnes.

Un fan chevronné s’était d’ailleurs amusé à calculer la répartition du temps de passage à l’écran des différents personnages Marvel. Le média Digital Spy avait alors entrepris un classement des films où les personnages féminins avaient passé le plus temps. Dans le premier volet d’Iron Man, sorti en 2008, les femmes ne représentaient que 21,42% du temps d’écran. En 2018, les héroïnes Marvel étaient presque aussi visibles que leurs semblables masculins, 40,29% dans Black Panther et 55,7% dans Ant-Man et la Guêpe. Une évolution salutaire qui nous ferait presque oublier que Captain Marvel reste la seule des héroïnes à qui la franchise a dédié l’entièreté d’un de ses films. Pour sa défense, le MCU préparerait d’ores et déjà un film sur le personnage de la Veuve noire.

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