L'homme sans visage. Sur la pochette rétro de The Present Lover, dernier disque de Luomo, une bimbo permanentée comme évadée d'un calendrier des années 80 lui tient lieu d'effigie. Jeu de substitution bien ordinaire en somme, pour un homme que l'on nomme «écho» (delay). Multipliant les identités plus vite qu'une Madonna change de coiffeur, Vladislav Delay prend un malin plaisir à varier les approches au gré de ses multiples patronymes. La preuve de son attachement à un idéal électronique, né dans l'anonymat d'une création assistée par ordinateur.

Ce soir au Club Tent, au tour de son double dub-house Luomo d'exposer le pan le plus résolument accessible d'un répertoire aux embranchements complémentaires. Touche-à-tout révélé sur d'aussi prestigieux labels que Max Ernst (de Thomas Brinkmann), Chain Reaction et Mille Plateaux, Vladislav Delay pratique sous son nom une synthèse envoûtante de sons fragmentés. Musique hypnotique dont les pulsations trahissent un amour immodéré pour les entrelacs rythmiques du jazz moderne.

Citant Philly Joe Jones, batteur du premier Miles Davis Quintet parmi ses influences majeures, le Finlandais débute sa carrière en 1998 par un maxi intitulé Kind of Blue, en référence au disque phare du grand Miles. Depuis, son exploration sonore affiliée à l'esthétique dite Clicks & Cuts («cliquetis et découpages») est allée faire un tour du côté des dancefloors, s'attribuant au passage deux nouvelles identités.

Et tandis que sous le nom d'Uusitalo, Vladislav Delay déglace une forme de techno funky, son alias Luomo connaît un certain succès en appariant basses dub, rythmiques house et sonorités 80's. Formule imparable que ce Jekyll & Hyde de l'electro reconduit au Paléo ce soir…