Théâtre

Le TU, l’usine de tous les possibles

Issue plastiques, Laurence Wagner reprend la programmation du Théâtre de l’Usine à Genève. Elle rebaptise le lieu «TU» et voit large en terme de création

Le TU, l’usine de tous les possibles

Scène Issue des arts plastiques, Laurence Wagner reprend la programmation du Théâtre de l’Usine, à Genève

Elle rebaptise le lieu «TU» et voit large en termes de création

Le Grü est mort, vive le TU! Nouvelle programmatrice du Théâtre de l’Usine, Laurence Wagner n’a pas fait le rapprochement phonétique. Pourtant, l’acronyme avec lequel elle vient de renommer la scène genevoise située dans le quartier de la Jonction évoque instantanément le lieu dirigé de 2005 à 2012 par Michèle Pralong et Maya Bösch, redevenu, depuis, le Théâtre du Grütli.

Le hasard est heureux, puisque, comme le Grü, le TU souhaite brasser vigoureusement les cartes de la création. «Je viens des arts plastiques et de la performance», annonce d’entrée la jeune Lausannoise, 30 ans, dont la saison débute ce soir avec le spectacle Malström 68N. «Dans la continuité de Myriam Kridi et des précédents programmateurs, je désire faire de ce plateau le lieu de tous les possibles. Théâtre, danse, performance, mais aussi conférences, recherches, musiques, expos, cinémas et installations… Aucun moyen d’expression ne sera a priori exclu, tout dépendra du contenu.»

Pas de coup de sac, donc, sur cette scène au petit budget (450 000 francs) intégrée au bâtiment de l’Usine, structure associative mythique à Genève qui propose également du rock, des arts plastiques et du cinéma dans une perspective alternative. La nouvelle arrivée est-elle séduite par cet aspect associatif? «Oui, je savais qu’en prenant ce poste à 60% j’acceptais de faire en tout cas 20% de bénévolat en plus pour participer aux assemblées, à la vie générale de l’Usine ainsi qu’au fonctionnement horizontal du théâtre. Cette notion d’engagement me convient parfaitement.»

De beaux yeux, verts, le rire facile et le visage ouvert, Laurence Wag­ner représente une face douce de l’art conceptuel. Un peu comme l’une de ses références artistiques, le metteur en scène français Philippe Quesne, fin observateur de l’animal humain au fil de propositions erratiques, poétiques. Lui aussi vient de prendre une direction théâtrale, celle des Amandiers, à Nanterre, près de Paris. «J’étais mardi soir à sa présentation de saison, je pourrais aller tout voir, tout m’intéresse!» s’enthousiasme la jeune femme, qui partage avec cet artiste un besoin de questionner les idées reçues et d’en finir avec le principe d’un bon sens naturel.

C’est que Laurence Wagner s’inscrit dans le courant de pensée très en vogue des études postcoloniales, qui regroupent notamment les gender studies, les black studies et les women studies. «J’apprécie ce principe d’analyse critique qui postule la sortie du patriarcat et de l’ethnocentrisme», renchérit la programmatrice.

Après des études de lettres à l’Université de Lausanne, en histoire de l’art, français et cinéma, la programmatrice a rejoint la Haute Ecole d’art et de design (HEAD), à Genève, où elle a accompli un master en CCC, pour critical curatorial cybermedia. Son sujet? «J’ai analysé comment le discours féministe a influencé les productions des femmes artistes». Cette formation valorise aussi l’artiste-chercheur: «Au lieu de produire un objet, le créateur produit un discours. Il n’en est pas moins un créateur.»

Pour illustrer son propos, Laurence Wagner cite Aurélien Gamboni qui, dès ce soir, dans Malström 68N, donne une conférence sur des témoignages recueillis autour d’une nouvelle de 1841 d’Edgar Poe, Une descente dans le Maelström. Un homme y raconte comment il a survécu à un tourbillon. «Au TU, nous sommes sensibles aux questions d’écologie. Accueillir le projet d’Aurélien Gamboni et Sandrine Teixido permet aussi d’attirer l’attention du public sur de telles problématiques.»

La mobilité appartient encore au parcours de Laurence Wagner. A 27 ans, la jeune diplômée en art a rejoint le Swiss Institute à New York où elle a occupé un poste d’assistante, tandis que son implantation dans le quartier hip-hop de Bed-Stuy, au nord de Brooklyn, lui a permis une immersion musclée dans la vie culturelle de la ville. Ensuite, la jeune femme d’origine suisso-chilienne s’est rendue à Santiago, où elle a travaillé sur le fonds d’archives d’un hôpital utopique créé par Allende avant le coup d’Etat et devenu un lieu de résistance sous la dictature. Enfin, c’est à la faveur de Triptic, un projet transfrontalier de Pro Helvetia entre la Suisse, la France et l’Allemagne, que Laurence Wagner est revenue travailler en Suisse. «J’arrive au TU riche de toutes ces expériences et je compte bien conserver cette curiosité pour la découverte et les mélanges.» A voir sa belle énergie, on n’en doute pas.

«Malström 68N», du 25 sept. au 4 oct., TU, Genève, 022 328 08 18, www.theatredelusine.ch

«Spectacle ou recherche, aucun moyen d’expression ne sera a priori exclu, tout dépendra du contenu»

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