Rock. TV on the Radio. Return to Cookie Mountain. (4AD/Musikvertrieb)

Un groupe à propos duquel il est difficile de faire des phrases. Un groupe qui appelle à la succession d'adjectifs. De son côté, TV on the Radio collectionne les détours, les influences, les principes, les jeux, les inventions, les citations. Dans le rock touché d'électronique des New-Yorkais, la guitare peut se faire aussi bien ornementation sonore, argument mélodique, référence musicale, renfort rythmique, dispositif trompe-l'oreille… Et ce alors même que la voix incarne souvent à son tour tous ces différents rôles. Et ce quand l'électronique endosse parfois en son nom tous ces différents statuts.

TV on the Radio, c'est du post-post-punk, une électronique rétro futuriste: un quintette difficile à situer dans le temps – ce qui fait de lui un parfait exemple de contemporanéité. A la différence d'une nuée de formations rock actuelles biberonnées au son 80's, nourries à l'impératif dancefloor, TV on the Radio a en plus digéré la nécessité d'une approche expérimentale, devenue un genre en soi presque plus qu'une démarche active, pour surligner l'intelligence qui vient doubler le plaisir. Return to Cookie Mountain, deuxième album, tire pleinement profit d'un appareil musical que Desperate Youth, Blood Thirsty Babes n'avait fait que suggérer: l'acte créatif qui bataille contre lui-même. Une lutte historique devenue non pas réconciliation – de nombreux autres s'en chargent –, mais intérêt pour elle-même. C'est là une des qualités propres des efforts conjoints de David Sitek (producteur aussi des Yeah Yeah Yeahs), Tunde Adebimpe, Kyp Malone, Gerard Smith et Jaleel Burton. Guitares distordues en résonance continue, grésillements de premier plan, rythmiques impossibles ou décrochages structurels incalculables parasitent les élans pop envolés par les voix Bowiesques qui, toutes ailes déployées, se maintiennent sur les hauteurs.

Exemple le plus radical de cette signature en rebrousse-poil musical, l'ouverture «I Was a Lover» annonce la couleur. Le rythme samplé rappelle les belles heures de El-P – s'il faut choisir –, producteur hip-hop qui fut parmi les premiers à subvertir sans concession les présupposés d'un art du sampling alors sclérosé par le devoir de déférence aux pionniers. Des boucles instrumentales (cordes, cuivres, piano) sont frustrées, hachées, castrées par un beat bancal qui empêche littéralement le morceau de tourner. Et ce sans mentionner la distorsion qui bâillonne les guitares, et tente de couler le chant en falsetto et à plusieurs voix d'une mélodie pourtant insubmersible.

Résistent finalement que les airs d'une formation new-yorkaise qui touche de près aux arts plastiques. Tunde Adebimpe et David Sitek, tous deux peintres, (le premier vidéaste aussi), savent définir un inévitable et nécessaire canevas, donner un cadre lisible, tracer une ligne de fuite identifiable autour de laquelle enrouler leurs ficelles expérimentales. Toujours tissé du fil rouge de l'évidence de refrains qui galvanisent les envies de reprise en chœur, l'inconfort sonore précisément mesuré finit par se rendre. Vainqueur, un rock intelligent, aussi original que référentiel, par la force d'élans mélodiques volontiers onomatopéiques appelant à la scansion chorale, à un instinct grégaire qui fait tout le sel de la pop depuis sa naissance.