Le luxe symphonique selon Caecilia

Genève L’agence de concerts propose dorénavant deux formations légendaires hors abonnement

Riccardo Muti viendra avec son orchestre de Chicago et Philippe Jordan avec celui de l’Opéra national de Paris

C’était un désir. C’est désormais une réalité. Chaque saison, l’agence de concerts genevo-zurichoise accueillera deux orchestres prestigieux supplémentaires. L’idée a mûri entre Steve Roger et Pedro Kranz, associés depuis trois saisons à la tête de Caecilia. En plus de la programmation historique de huit soirées genevoises des «Grands Interprètes» au Victoria Hall (dont au moins la moitié réservée aux pianistes de la plus haute volée), et de dix rendez-vous de musique de chambre au Conservatoire, les codirecteurs ont souhaité élargir encore leur proposition. La palette se devait d’être complétée par de grands rendez-vous symphoniques réguliers, avec les meilleurs orchestres, chefs et solistes.

Premier essai en 2012, et non des moindres: Le Philharmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle. Il s’agissait de frapper au plus haut pour marquer les esprits. Réussite absolue dans un Victoria Hall comble du parterre aux dernières galeries.

La saison suivante, le Philharmonique de Vienne avec Riccardo Chailly et le San Francisco Symphony dirigé par Michael Tilson Thomas éblouissaient les mélomanes. Forts de ces expériences fondatrices, les responsables ont décidé d’inscrire désormais deux orchestres de prestige en tournée, à côté de leur affiche de tradition.

Première réjouissance de la prochaine saison: Riccardo Muti dirigera son Chicago Symphony Orchestra jeudi 23 octobre dans La Tempête op.18 de Tchaïkovski, La Mer de Debussy et la 3e Symphonie de Schumann, dite «Rhénane». Deuxième fête symphonique: Philippe Jordan sera à la baguette de son orchestre de l’Opéra national de Paris, dans un programme exclusivement Beethoven (qui n’est pas encore définitivement arrêté). Dans les deux cas, ce sera la première fois que ces phalanges joueront à Genève. Un choix motivé par la rareté et l’excellence.

«Nous avons mis en place cette nouvelle politique pour que le public ait accès à des soirées symphoniques d’exception qu’il est difficile d’obtenir», explique Steve Roger. «Il ne s’agit pas de faire concurrence à l’OSR ou aux concerts de la Migros. Les questions d’exclusivité ou d’équilibre de programmation entre nous sont toujours évoquées et discutées. Nous nous inscrivons plutôt dans une complémentarité stimulante pour tous.»

Si les tarifs sont en proportion du prestige des invitations (de 36 à 250 francs), ils s’avèrent nettement moins élevés qu’à Lucerne, par exemple, où l’on peut retrouver les mêmes formations en festival. La question des prix est aussi liée au fonctionnement de l’institution, totalement privée. L’invitation de ces orchestres est réalisée sans subventions, avec l’aide ponctuelle de sponsors. «Dans les séries d’abonnement, il est difficile de réserver à un partenaire de concert des places de première catégorie qui sont déjà prises. C’est la raison pour laquelle un sponsor général serait idéal. Pour ces deux concerts symphoniques hors abonnement, on part d’une salle vide, il est donc plus aisé de répondre aux attentes d’un partenaire. Encore faut-il dénicher le généreux donateur prêt à s’engager, de façon ponctuelle ou générale.»

Pourquoi le système de tournée est-il privilégié? «C’est la solution la plus pratique et la moins onéreuse. On recherche les plus grands orchestres qui prévoient des tournées européennes géographiquement compatibles avec la Suisse, et on s’organise pour les accueillir, que ce soit à Genève, Bâle, Zurich, Rolle ou autre…» La route des Rolls symphoniques passe maintenant par nos contrées: nul ne s’en plaindra…

«Nous avons mis en place cette politique pour que le public ait accès à des soirées symphoniques qu’il est difficile d’obtenir»