Derrière Lydia Flem, un mur de livres et tout autour, Bruxelles qui bruit, invisible. C’est ici, dans sa ville natale que, pendant une année de confinement, elle a rédigé un livre qui ne parle que de Paris. Et même, d’une rue de Paris, la toute petite rue Férou qui mène de la place Saint-Sulpice au jardin du Luxembourg.

«C’est dans l’autobiographie de Man Ray que j’ai découvert la richesse de cette ruelle que j’avais empruntée mille fois. Il y a habité pendant vingt-cinq ans, jusqu’à sa mort en 1976. Il l’a peinte et une lampe qu’il a créée porte son nom. A son arrivée à Paris, Marcel Duchamp le présente à ses amis, tout de suite, il se sent chez lui. Je me suis rendu compte qu’un nombre impressionnant d’artistes, de créateurs, d’intellectuels avaient résidé rue Férou. Plus je cherchais, plus je trouvais. J’étais comme un enfant qui se promène le nez en l’air et se demande qui peut bien vivre derrière ces fenêtres illuminées. J’ai alors formé ce projet insensé qui m’a pris cinq ans – dessiner le portrait d’une rue sur cinq siècles, maison par maison. C’était amusant mais pas gagné d’avance. Il m’a fallu trouver une architecture, tailler dans l’énorme matériau d’archives tout en m’accordant la liberté de la romancière.»