Du 30 mai au 3 juin, la ville de Lyon peut briguer le titre de capitale mondiale du roman. La Villa Gillet fête cette année ses 20 ans d'activités. «Un observatoire des langages contemporains, un sismographe qui cherche à capter ce qui fait sens aujourd'hui dans les sciences humaines, les arts de la scène, la littérature», voilà ce que cette Villa est pour Guy Walter, son directeur. Lui-même écrivain, il pense qu'au bout de vingt ans, l'institution a atteint la maturité et l'expérience nécessaires à l'élaboration de ces Assises internationales du roman qui devraient désormais se tenir tous les deux ans. Comme Le Monde des livres fête, lui, ses 40 ans, c'était l'occasion de manifester ensemble leur foi dans les pouvoirs de la fiction.

«L'acte d'écrire et celui de lire mobilisent des énergies qui résonnent ensemble», ajoute Guy Walter, qui ne craint pas un instant la mort de l'objet-livre. «Il s'agit de créer autour du roman une assemblée de lecteurs, d'écrivains et de critiques pour interroger un très important vecteur de compréhension du monde en mutation. La critique est très disqualifiée, et pourtant son rôle dans ce processus est fondamental. C'est pourquoi nous nous sommes alliés avec le Monde des livres (qui a publié un numéro spécial, daté du 25 mai, ndlr). Pendant un an, nous avons travaillé avec les critiques du journal, croisant nos regards.»

Pourquoi privilégier la fiction? Le titre de ces Assises le dit: «Roman et réalité». Pas question de fonder un nouveau réalisme, mais d'explorer les formes qu'inventent les écrivains pour répondre à la complexité du réel. Faut-il pour cela rencontrer les auteurs en chair et en verbe? «Nous sommes persuadés qu'une situation de parole crée de la pensée, qu'elle permet de voir les choses sous des angles différents. L'oralité a des effets politiques et esthétiques. La lecture est un bien public, elle élargit le champ de vision, on le voit bien dans les pays en crise sociale ou historique, dans les pays de l'Est, au Proche-Orient, en Asie...»

Douze rencontres

Rendre compte du réel et aussi l'inventer, le faire changer: c'est le but des douze rencontres, deux par jour, à 18h30 et 21h (14h30 le week-end). Quatre auteurs s'expriment chacun dans leur langue (pour la musique), en quelques minutes, sur le thème qui les réunit, autour d'un aspect de la fiction. Leurs textes, traduits pour l'occasion, sont distribués au public. Puis la discussion s'engage, en français et en anglais (avec traduction simultanée) en compagnie de deux critiques, français et étranger. Le public est invité à discuter.

La liste des hôtes est impressionnante. Au hasard: Erri de Luca, Russell Banks, le Suisse Pascal Mercier, John Banville, James Meek, Alan Pauls, Zeruya Shalev, Philippe Forest... Lyon n'est pas loin de la Suisse romande, en train ou en voiture, et il est rare de trouver réunis tant de romanciers majeurs autour d'un thème essentiel.

Les Assises internationales du roman. Les Subsistances, 8bis quai Saint-Vincent, Lyon. Rés. 00334/78 39 10 02. resa@les-subs.com http://www.villagillet.net