Dans un étrange jeu de chassé-croisé qu’affectionne tant le monde de l’art, c’est une équipe de commissaires du Palais de Tokyo qui a été invitée à concevoir l’édition 2019 de la Biennale de Lyon. Ils et elles succèdent ainsi à Emma Lavigne, récemment nommée à la direction de ce même centre d’art – vous suivez? Les similitudes s’arrêtent là, car Les Mondes flottants, qui donnaient leur titre à la précédente édition centrée sur les expériences sensorielles et les jeux de l’imaginaire, laissent place cette année à d’angoissants paysages.

A cet égard, les œuvres qui accueillent les visiteurs aux Usines Fagor – 29 000 m² d’entrepôts dans le quartier de Gerland – font figure de trompe-l’œil. On dépasse le séduisant Crash Park du metteur en scène et plasticien Philippe Quesne – et il faut avoir vu le spectacle dont cette œuvre constituait le décor, au théâtre des Amandiers à Nanterre, pour savoir que ce minuscule paradis tropical cache un lourd secret; on traverse Le Petit Jardin de Stéphane Calais, un espace composé au sol et en hauteur par des peintures aux couleurs et formes joyeuses; on arrive alors au seuil de la halle 1, avec une œuvre de Shana Moulton, une Américaine née en 1976 et devenue en quelques années une référence pour toute une génération s’intéressant aux imaginaires technologiques et aux résurgences du new age. Son installation en forme de portail ésotérique dégage une puissante aura magique qui ne peut qu’enthousiasmer les amateurs de fantasy et de merveilleux.