Place de la Bourse, une incursion printanière en plein hiver: un jardin de pivoines, fleurs délicates au cœur rouge formant des bouquets lumineux où le vent fait vibrer un bruit étrange, comme du papier froissé. Place Sathonay, sous des tourbillons de neige, un pianiste jazzy aux six mains articulées par la lumière. Place Antonin Poncet, la réplique de l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry, le fameux Simoun rouge et blanc en position de décollage, zingue-écran où circulent les moutons blancs, les déserts, les souvenirs marocains, l’Asie, les orages et la tempête. Et puis trente-sept autres créations ici et là en presqu’île lyonnaise. Œuvres éphémères – elles s’allument ce jeudi pour s’éteindre samedi – qui drainent depuis 1989 trois millions de visiteurs chaque année.

1852, une statue de Marie

Lyon, ville de la soie des siècles durant, est aussi celle de la lumière. Le 8 décembre 1852, une statue de Marie est posée sur la colline de Fourvière. Mais il pleut à verse alors pour conjurer le mauvais sort les habitants allument sur leurs fenêtres des lumignons. Naît ainsi la Fête des Lumières.

Dans les années 1960, elle se meut en concours des vitrines. En 1989, Lyon se lance dans un programme de valorisation de l’espace urbain par la mise en lumière pérenne de son patrimoine. En 2000, la Fête des Lumières s’étend sur quatre jours. Le rendez-vous investit peu à peu les neuf arrondissements et devient un terrain de mille jeux pour les créateurs. Leur point commun est de prendre appui sur le patrimoine bâti lyonnais que la lumière révèle, magnifie ou fait disparaître dans des installations monumentales ou intimistes, toujours innovantes.

L’an passé, Lyon a respecté le deuil national et a rendu hommage à toutes les victimes des attentats. Seuls des lumignons ont été allumés. Cette année, la fête reprend mais sur trois jours, sur un horaire réduit – de 20h à minuit – et dans un périmètre limité «afin d’assurer la sécurité de tous» indique Gérard Colomb, le maire de la ville.

L’univers de Jules Verne

Après l’annulation de 2015, la crainte était que beaucoup d’agences et tour-opérateurs ne reprogramment pas ce rendez-vous dans un contexte d’état d’urgence maintenu en France. «Après une amorce de réservations dans les hôtels plutôt faible, tout est désormais quasi rempli. La clientèle étrangère, habituellement très fidèle, les Suisses, les Italiens et les Allemands, va se déplacer en masse», se félicite Georges Képénékian, premier adjoint au maire, en charge de la culture.

Depuis plusieurs années, des villes comme Lodz en Pologne, Quito en Equateur, Bogota en Colombie, Montréal au Canada, Shanghai en Chine envoient des artistes et fêtent chez elles la lumière. Ce week-end, les lanternes de Zigong (la ville chinoise des lanternes) illumineront la rue de la République et guideront les visiteurs sur une route de la soie contemporaine. Sur l’emblématique Place des Terreaux, «Sans dessus, dessous» va plonger dans l’univers imaginatif et fantastique de Jules Verne.

En suivant le savant fou à la poursuite d’une chouette ayant déréglé la machinerie, le spectateur va parcourir le monde, du centre de la terre au pôle Nord, pour constater les dégâts occasionnés. Place Bellecour, le songe forain promet une plongée dans le monde ancien et contemporain de la fête foraine et d’un doux souvenir d’enfance. Sur la grande roue, les images qui rappellent les œuvres de Tim Burton, Fellini ou Nino Rota vont virevolter à l’allure d’un train fantôme ou d’un grand huit: manège d’animaux fantastiques, lanceur de couteaux, briseur de chaînes… Il y a quelques années, le public a eu droit à une performance géniale et inoubliable: une vraie cabine téléphonique transformée en vrai aquarium avec à l’intérieur de vrais poissons rouges.

On s’attend cette année à un vrai camion-bétonnière transformé en boule à facettes géante qui répercutera ses lumières sur le sol et les murs alentour. La rue se muera en dancefloor. Le meilleur? Allez voir la passerelle Abbé Couturier, qui d’objet de passage deviendra lieu de voyage. Un éclairage malin mais savant y dessinera des rames, une voile, une coque. Il se dit que l’on verra depuis les quais le pont se détacher, voguer et décrocher les étoiles.


Fête des Lumières, Lyon, du 8 au 10 décembre de 20h à minuit. www.fetedeslumieres.lyon.fr