Journaliste, auteur de nombreux guides sur le Pays basque, Ibon Martín (né en 1976 à Saint-Sébastien) connaît sa région sur le bout des doigts. Autant dire que c’est un plaisir de vagabonder avec lui entre Guipúzcoa et Biscaye pour découvrir Guernica puis le magnifique estuaire d’Urdaibai avant de plonger dans les eaux tumultueuses de la mer Cantabrique à la suite d’un de ses personnages. Fan de surf et de baignade nocturne, Julia Lizardi cherche à oublier ainsi les horreurs auxquelles la confronte son métier d’ertzaina – ainsi se nomment les agents de la police autonome basque. Pas sûr qu’elle y parvienne.

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Car l’assassin de La Valse des tulipes est particulièrement machiavélique et retors. L’une de ses victimes est tuée par son propre mari, conducteur de locomotive, après avoir été attachée sur les rails. Une autre est défenestrée, une troisième est assassinée en Galice alors qu’elle participe à la procession des morts de Santa Marta de Ribarteme où, simulant ainsi leur propre enterrement, les fidèles s’introduisent dans des cercueils qui sont ensuite transportés à dos d’homme. Agées d’une cinquantaine d’années, toutes ces femmes ont en outre été retrouvées avec sur elles une tulipe rouge. Un détail que l’écrivain accompagne d’une petite leçon de d’horticulture: faire pousser des tulipes en octobre au Pays basque n’est en effet ni courant, ni évident.

Réponses au compte-gouttes

Fraîchement nommée à la tête de la toute nouvelle Unité spéciale d’homicides notoires (USHN), la sous-officière Ane Cestero a du pain sur la planche. Après s’être égarée sur une fausse piste – qui lui permet tout de même de démanteler un trafic de drogue – la jeune femme découvre avec son équipe que les victimes ont un point commun: elles auraient été envoyées passer une année à Lourdes en 1979, au sortir de l’adolescence. Un séjour, organisé par un couvent de Gernica, dont elles étaient revenues à jamais transformées. Que s’était-il passé? Et quel sinistre rôle a réellement joué ce couvent dont les religieuses se montrent aujourd’hui totalement réfractaires à toute collaboration? Suspense oblige, les réponses ne nous seront offertes qu’au compte-goutte.

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Bien construit, palpitant et rythmé, La Valse des tulipes est un authentique page-turner comme le promet la quatrième de couverture. L’auteur ne s’est toutefois pas contenté de peaufiner l’intrigue. Il a créé des personnages, notamment féminins, qui possèdent une véritable épaisseur et sont marqués par une profonde souffrance liée à un passé familial marqué par la violence ou le mensonge.

Enfin, Ibon Martín, on l’a dit, est un excellent guide. Comment résister à l’envie de partir à la découverte de la forêt d’Oma où a été emmenée l’une des victimes? Une pinède dont les arbres et les pierres ont été peints en 1984 par l’artiste Agustín Ibarrola, une gigantesque œuvre en plein air dont les formes se modifient au gré des points de vue et des déplacements du visiteur.


Roman
Ibon Martín
La Valse des tulipes
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Actes Sud, 478 p.