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Des machines intelligentes, vraiment?

Alors que l’intelligence artificielle se pare d’une aura de toute-puissance, le chercheur Jean-Louis Dessalles remet les pendules à l’heure en pointant ce qui lui fait défaut et qui demeure spécifiquement humain

«L’objet de ce livre n’est pas de nier la possibilité d’une super-intelligence artificielle qui prendrait notre contrôle. Je n’ai pas d’argument pour l’exclure totalement. En revanche, j’en ai de nombreux pour dire que nous ne sommes pas exposés à un tel risque.» Le ton modéré retient tout de suite notre attention; et ce, d’autant plus qu’il émane d’un chercheur en intelligence artificielle (IA) qui n’a jamais ménagé son enthousiasme à l’égard des prouesses de sa science et de ses réalisations. Jean-Louis Dessalles, chercheur-enseignant à Télécom ParisTech, parle donc de l’intérieur. Il a partagé et alimenté les promesses de ce domaine, qu’il a vu évoluer en direct. Son propos n’en a que plus de poids.

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Ce qui démarque le livre de Dessalles, Une intelligence très artificielle, c’est de mettre l’IA au défi de ce qu’elle ne sait pas faire, et qui apparaît comme des propriétés de l’intelligence spécifiquement humaine. Comment imaginer une machine qui puisse être surprise, par exemple? La machine ne peut qu’enregistrer ce qui est, et comparer avec ce qu’elle connaît déjà. Pour être surprise, la machine devrait savoir ce qui est normalement attendu, ce qui nécessite un savoir d’un autre type, difficilement formalisable. Et tout le monde sait bien, justement, que la surprise est un élément essentiel de l’apprentissage, tant chez l’enfant que chez l’adulte.

Imitation de l’intelligence naturelle

Autrement dit, «il s’agit de rien moins que de comprendre la rationalité humaine», dit Dessalles, moult exemples – remarquablement choisis – à l’appui. Une telle déclaration d’intention a l’air banale, voire triviale: et pourtant, elle va à l’encontre de la tendance dominante dans l’IA qui, dans la lignée du fameux test de Turing, se satisfait d’une machine qui se montre intelligente (sans être intelligente au sens où nous l’entendons communément).

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«Si, comme je le crois, le futur de l’intelligence artificielle passe par l’imitation de l’intelligence naturelle, voire par l’amplification de ses mécanismes, alors le calendrier de ce futur n’est pas écrit.» Voilà qui est dit, et bien dit.


Essai


Jean-Louis Dessalles
«Des intelligences très artificielles»
Odile Jacob, 198 p.

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