Opinion

Macron, un président incompris

OPINION. L’analyse de la longueur des phrases et de l’usage des verbes des discours du président français s’avère être un bon indicateur de ce qui cloche dans sa communication, écrit le professeur de l’Université de Neuchâtel Jacques Savoy

Grâce au professeur D. Labbé de l’Université de Grenoble, nous disposons de la quasi-totalité des discours des présidents français depuis Charles de Gaulle (1958-1969) à Emmanuel Macron (2017-2018). Nos logiciels les ont traités et nous permettent de cerner ce qui singularise Emmanuel Macron. En premier, focalisons-nous sur les intérêts stratégiques de la France. Pour tous les présidents, les trois désignations les plus fréquentes sont la France (avec également Français et Paris), l’Europe (et l’Union européenne) et l’Afrique (et l’Union africaine). Pas de changement notable sous la présidence Macron; l’Afrique demeure bien une chasse gardée française qui veut également conserver son leadership en Europe. Toutefois, les références à l’Europe et à l’Afrique s’avèrent plus élevées chez le locataire actuel de l’Elysée. Ce dernier se distingue aussi par un emploi plus fréquent de Chine et de G5, augmentation qui va de pair avec une baisse pour les dénominations de l’Allemagne, des Etats-Unis ou de la Russie. La politique étrangère laisse également des traces avec une fréquence importante pour le Sahel, la Syrie ou la Libye, théâtres de guerres dans lesquelles la France est engagée. La position adoptée par l’Elysée sur la scène internationale se dessine clairement.

De quel «nous» parle-t-on?

Les pronoms et leurs suremplois indiquent le ton et le style d’une présidence. Ainsi, le «je» a été suremployé par François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, soulignant une présidence plus personnelle. Emmanuel Macron se distingue par un suremploi du «nous», caractéristique qu’il partage avec Barack Obama ou Donald Trump. Les politiciens actuels préfèrent ce pronom car son usage reste ambigu. Qui se cache derrière le «nous»? Certainement pas le «nous» de majesté (quoique pour Trump…), mais est-ce le «moi et mon gouvernement», «moi et le parlement», ou «moi et vous qui m’écoutez»? Cette dernière hypothèse implique que l’émetteur tente d’inclure le destinataire pour l’inciter à soutenir ses propos. A la grande différence du «je», le «nous» permet également au locuteur de ne pas assumer entièrement ses offres politiques.