DVD

«Mad Dogs», la descente aux enfers de quatre Anglais sous le brûlant soleil de Majorque

Séduisant par son humour noir, son déploiement narratif macabre et sa psychologie tortueuse, la série écrite par Cris Cole défie toute catégorisation. Et réunit quatre des meilleurs acteurs britanniques du moment

Genre: DVD
Qui ? Série créée par Cris Cole
Titre: Mad Dogs
Chez qui ? Koba/BBC/Warner

Rien ne lance mieux Mad Dogs que ce plan, d’entrée de jeu, manifestement tourné en vidéo amateur. On y voit l’acteur plutôt massif Philip Glenister, qui semble en enfer, le visage barré d’une peinture de guerre blanche, soufflant à la caméra: «Je ne sais pas s’ils vont me croire… Soyez fidèles à vous-mêmes. Je ne sais pas quoi dire d’autre.» Scène d’amorce de Mad Dogs , série anglaise montrée récemment sur Canal +, dont la première saison sort en DVD. Pour appâter, la séquence est parfaite. A l’image de la série en quatre épisodes qui s’ensuit.

Mad Dogs raconte l’histoire de quatre amis anglais invités par Alvo, l’un de leurs anciens proches. Un jeune quadra devenu millionnaire, installé à Majorque. Bonheur de quelques jours de vacances sympathiques. Alvo a fait fortune dans l’immobilier, semble-t-il. Il gâte ses amis: piscine, virée en bateau, soirées bien arrosées, boîte de nuit… Sauf qu’il n’est pas le retraité précoce qu’il prétend être, qu’il paraît même tremper dans d’autres affaires, un rien mafieuses.

En sus, les relations entre les amis, qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps, se révèlent bien plus tortueuses qu’au premier abord.

Et puis, tout se précipite à la fin du premier épisode. Leurs malentendus, quiproquos et autres déviations les enfoncent toujours plus dans leur cauchemar au soleil.

Car cela se passe à Majorque, et le soleil écrase chacun des plis du drame. L’équipe de réalisation britannique s’en donne à cœur joie, jouissant du contraste avec l’ordinaire des fictions made in UK pluvieuses, brumeuses, tout entières zébrées par un crachin qui sied au drame.

A l’inverse, l’image de Mad Dogs se gorge de la magnificence des paysages alentour, toujours saturés de lumière, brûlés par la chaleur ambiante. Soutenue par la Fondation de Majorque pour le tourisme (ce qui dénote un certain sens de l’autodérision officielle), cette série aurait pu tenir de la carte postale… si le bas du petit carton ne trempait pas dans le sang.

La dérive de ces vacanciers british vire à l’humour noir le plus froid – longtemps, elle se concentre autour d’un congélateur, c’est dire la température du ton, par contraste avec la torpeur locale. Le créateur Cris Cole, qui écrit chacun des épisodes, se montre redoutable dans sa capacité à anticiper les attentes des téléspectateurs, et les déjouer. L’auteur prend son temps: et il faut prévenir que la série a droit à une continuation. Au terme de ces quatre épisodes, on reste donc sur sa faim.

Mais à peine. On a déjà suivi une drôle de virée à Majorque. Même les liens psychoaffectifs des protagonistes, qui pourraient rebuter de prime abord, deviennent un maillon fort de la narration, par une diabolique imbrication. Dans un court documentaire fourni en supplément, Philip Glenister raconte: «Nous avons fait attention à ne pas essayer de paraître plus jeunes que nous ne sommes. Nous avons tous la quarantaine. Et nous voulions montrer comment la folie s’empare des personnages, comme un dernier baroud d’honneur avant l’âge mûr.»

A ce stade de l’éloge, citer Philip Glenister n’a rien d’anodin. Car Mad Dogs rassemble quatre des meilleurs acteurs anglais du moment. A commencer par lui, ce bourru grandiose, vu dans State of Play (ou Jeux de pouvoir) Life on Mars puis Ashes to Ashes. Et John Simm, qui brilla lui aussi dans State of Play et Life on Mars. Ou Max Beesley, repéré dans Survivors. Enfin, Marc Warren, venu de Hustle (Les Arnaqueurs VIP) qui apparaît désormais dans l’américaine The Good Wife. Mad Dogs doit beaucoup à cette conjonction d’acteurs déjà vedettes en Grande-Bretagne, et qui voulaient se rencontrer.

Dans le détail, Philip Glenister voulait travailler avec ses collègues, tandis que l’auteur et la productrice songeaient à une série en Espagne. Rencontre d’envies et de projets, productive.

Peu disert, Cris Cole glisse cependant: «J’écris ce que j’aimerais voir… J’aime le mélange des genres, recourir à des choses terrifiantes et drôles, inquiétantes et drôles, ou drôles tout court.» Comme note d’intention, le postulat paraît limité. Mais il définit bien le registre, sans cesse insaisissable, de Mad Dogs. Une comédie macabre, truffée de clins d’œil genre, disons, David Lynch ou Apocalypse Now. Ces références demeurent toutefois de brèves salutations dans une fiction qui se situe bien ailleurs – à Majorque, déjà, ce qui décadre. Au moment où l’Espagne est désignée comme l’une des zones à risque communautaire dans la crise de l’euro, l’entreprise Mad Dogs résonne comme un grand éclat de rire, sincère et sarcastique à la fois.

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Quinn et Woodie

(interprétés par Philip Glenisteret Max Beesley). A propos de l’enlèvement d’une personne de taille réduite

«– Dire «nain»,c’est politiquement correct? – Il est dans le puits,on s’en fiche»
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