Cinéma

«Madame» ou le charme flapi de la bourgeoisie

Cette comédie convoque trois magnifiques comédiens pour célébrer mollement la tradition du vaudeville

Toni Collette, le boudin qui rit de trouver chaussure à son pied dans Muriel, la maman mélancolique du petit médium de Sixième Sens, la femme à personnalités multiples de United States of Tara…. Harvey Keitel, le vieux complice de Martin Scorsese, un des Duellistes de Ridley Scott, le nettoyeur de Pulp Fiction, le Maori blanc de La Leçon de piano, le Bad Lieutenant en personne... Rossy de Palma, la Castafiore de Majorque, la plus belle expression du cubisme depuis Picasso, la fior carnivore du cinéma d’Almodovar… Trois icônes, trois immenses comédiens. Mais ce brelan royal n’a à se mettre sous la dent qu’une fade tambouille réchauffée dans la marmite du vaudeville bourgeois.

Exubérance ibérique

Mieux qu’écrivaine, «écrivaine la plus sexy de la planète», selon Vanity Fair, scénariste, réalisatrice d’un premier film inepte (Je vais te manquer), Amanda Sthers évoque les grandes heures d’Au Théâtre ce soir avec Madame. Un couple de richissimes américains installés à Paris, Bob (Keitel) et Anne (Collette), donne un dîner de douze couverts dans leur hôtel particulier.

L’intrusion du fils de Bob porte à treize le nombre de convives. Pour conjurer le mauvais sort, Anne demande à Maria (de Palma), la bonne, de se déguiser en quatorzième invitée. Son rôle est simple: se taire et passer inaperçue. C’est compter sans le bon vin, l’exubérance ibérique et un imprévu: un riche marchand d’art est attiré par cette doña excentrique qu’il prend pour une princesse d’Asturies. Et c’est parti! Non pour un nouveau chapitre de la lutte des classes mais pour une feria de quiproquos.

Lire aussi: «La Bataille des sexes» ou quand la dame coince le fou

Parties de golf et de chasse, week-end au château avec piscine, chassés-croisés adultérins et un Caravage à vendre… Qu’elle est palpitante, la vie de la haute bourgeoisie! Et pimentée de bons mots réhabilitant les clichés nationaux: «Vous êtes diabolique», susurre l’Américaine succombant aux charmes d’un directeur de musée. «Non, Français», répond l’autre avec esprit.

Bien sûr, le talent est au rendez-vous quand Toni Collette fait une démonstration comparative du rire franc et du rire gêné ou quand Rossy de Palma part en vrille. Mais ces échappées solo sont vite étouffées par la banalité ronronnante de l’ensemble. On se prend à rêver aux cruels divertissements que Woody Allen ou Luis Buñuel auraient pu tirer de cet argument.


Madame, d’Amanda Sthers (France, 2017), avec Toni Collette, Harvey Ketitel, Rossy de Palma

Publicité