Un amour de maestro

Charlie Vernon, trombone, au CSO depuis vingt-sept ans

Charlie Vernon, 66 ans, a mobilisé l’orchestre à travers des signatures et des lettres pour faire venir Riccardo Muti à Chicago. «En 2007, quand il était venu à Chicago en chef invité, on était parti en tournée. Il avait bluffé tous les musiciens», se souvient le tromboniste. Charlie Vernon a connu le maestro napolitain à Philadelphie. «On a eu beaucoup de directeurs musicaux invités excellents. Mais maestro Muti est au-dessus du lot. Avec l’âge, il a un rapport plus facile aux musiciens. A l’époque, il racontait moins de blagues. Sa réputation de «dictateur»? Cette critique ne pourrait pas être plus éloignée de la vérité. C’est une personne chaleureuse, un ami. Il ne joue pas de jeu. L’important pour lui, c’est l’intégrité de la musique, le respect du compositeur. Il nous aide si nécessaire. Sinon, ils nous laissent jouer. Il aime enfin nous raconter la vie des compositeurs, une manière très humaine d’aborder une œuvre.»

Bill Buchman, basson, au CSO depuis vingt-deux ans

«Riccardo Muti sait faire confiance aux musiciens, à qui il refuse de dicter chaque détail. Mais il attend de nous qu’on fasse notre part de travail. Il place la barre plus haut que les autres. En tant que musicien, difficile de lui reprocher un tel degré de perfectionnisme. Il est toujours pleinement impliqué. On travaille dur, c’est épuisant, mais tellement gratifiant.» Bill Buchman, 48 ans, en convient: «Il obtient toujours de nous ce qu’il veut et, s’il n’y parvient pas tout de suite, il peut s’impatienter et le faire savoir. C’est un chef d’orchestre très sobre. Pas de grands gestes qui déconcentreraient aussi bien les musiciens que le public.» Bill Buchman apprécie la manière dont le maestro Muti explique certaines œuvres: «C’est le plus grand interprète de Verdi. Dans un monde séculier comme le nôtre, il nous a expliqué le contexte dans lequel fut composé le Requiem de Verdi, le rôle de l’Eglise catholique dans l’Italie du XIXe siècle. C’était très enrichissant. On ne saisit plus Verdi de la même manière.»

Robert Chen, premier violon solo, au CSO depuis quinze ans

«Maestro Muti a une grande éthique du travail, une compréhension

de la musique naturelle et complètement intériorisée. J’ai été surpris de voir ce qu’il a pu produire avec l’orchestre en si peu de temps. C’est sans doute le résultat d’une connaissance intellectuelle et d’un tempérament incroyable, d’une préparation unique et d’un don physique et verbal pour exprimer ce qu’il a à dire. C’est une combinaison très inhabituelle. Il n’expérimente pas avec nous», relève Robert Chen, 45 ans. Le premier violon a éprouvé des sentiments très forts avec Riccardo Muti en jouant des œuvres telles que Macbeth, Otello et Falstaff de Verdi. «Les partitions et les textes des compositeurs sont pour lui comme une Bible qui lui aurait été remise par Dieu. Pour lui, très bien jouer est une question de respect de soi.»

Cathy Brubaker, alto, au CSO depuis vingt-cinq ans

L’altiste de 51 ans est catégorique: «Maestro Muti est très subtil. Son geste est très clair. Il sent tout de suite quand quelque chose ne va pas. Avec sa manière de diriger et d’aborder l’orchestre, il permet de me sentir très présente, aussi bien aux répétitions qu’aux concerts. Il fait de l’humour. Mais étant un peu stressée, j’ai de la peine à passer de l’humour au sérieux. On perçoit de plus en plus chez lui la volonté de faire corps avec l’orchestre.»