Classique

Magali Rousseau reprend la barre de l’OSR

La nouvelle administratrice générale a pris ses fonctions après neuf mois sans capitaine à bord. Présentation d’une femme attendue

Depuis le le licenciement abrupt de Miguel Esteban en juillet 2012 et les dernières attaques de l’ancien président des Amis de l’OSR (LT du 21 octobre), l’OSR affronté des courants contraires. Un cap se redessine enfin. La nouvelle administratrice générale vient de prendre ses fonctions, neuf mois après le départ rapide de son prédécesseur Henk Swinnen. Magali Rousseau, quarante ans tout juste, n’est pas femme à se laisser impressionner par les vagues. Propos entre passé, présent et futur.

Le Temps: Quelles étaient les spécificités de vos fonctions en France?

Magali Rousseau: L’orchestre de Bretagne comptait 47 musiciens et assurait aussi 4 à 5 productions à l’Opéra de Rennes. Je travaillais en équipe avec le chef principal, un jeune chef associé, un compositeur et un artiste en résidence pour composer les saisons.

- Et avec l’Intercontemporain?

-Je développais le contact avec les organisateurs et gérais la vente de concerts, l’organisation des tournées avec les réseaux européens ou internationaux et les grands festivals, en contact étroit avec des courants artistiques majeurs.

- L’Orchestre Philharmonique de Radio France était une autre affaire…

-C'est cent quarante et un permanents, divisibles en une formation symphonique et une formation Mozart. Il fallait quasiment construire  la saison de deux orchestres à la fois. J’essayais de faire rentrer les programmations dans le budget qui nous était imparti.

- Votre expérience est solide et variée...

-Je me suis impliquée dans les saisons lyriques et symphoniques d’orchestres de plusieurs types de tailles et de répertoires, dans des géométries variables.

- Qu’est ce qui vous a séduit à Genève?

-L’aspect complet du poste sur des données qui entrent dans ma compétence. La réputation, l’histoire et le potentiel exceptionnel de l’OSR m’ont aussi attirée. Et puis le cadre de vie beaucoup plus agréable qu'à Paris. Plus humain, aéré et beau. Avec le lac, mais surtout les montagnes et les rivières. J’aime l’eau qui bouge, l’eau vivante. Le ski, la marche, la randonnée et la pêche.

- L’effort et la patience?

-C’est ça...

Entre la musique et l’organisation, comment avez-vous évolué?

-J’ai étudié le piano, puis la percussion avec le grand Claude Giot, qui m’a fait aimer l’orchestre. Je me suis ensuite inscrite à la faculté en musicologie à Paris. J’ai pris une option de gestion culturelle et j’ai terminé par une licence de droit privé à Rennes où j’avais trouvé mon premier travail à l’orchestre de Bretagne.

- On sent l’orchestre en attente, comment allez-vous le stabiliser?

-Des consultations avec l’ensemble des personnels ont débuté. Il y a des concours à programmer. L’arrivée dans deux mois du directeur musical Jonathan Nott est très attendue après plus d’une saison sans chef. Les deux postes clé sont manquants depuis longtemps et le temps s’est arrêté. Il faut redonner du mouvement à l’équipe et débloquer des choses. Sans se précipiter mais sans attendre. C’est un dosage délicat.

- Quels sont les chantiers prioritaires?

-Il y a eu un retard considérable sur la saison 2017-18. Nous le résorberons et réglerons les derniers points avec Jonathan Nott d’ici la fin du mois. Le concours de premier violon solo est capital. Nous allons commencer à travailler sur le contenu 2018-19 après avoir réglé la question des périodes au Grand Théâtre. Nous avons déjà défini quel opéra Jonathan Nott dirigera.

- Pourquoi un seul opéra?

-Parce que Jonathan Nott a un contrat de quatorze semaines par an. Plus ne serait pas raisonnable pour  bien assurer le symphonique. Il faut aussi s’occuper des tournées, des chefs à inviter, sachant qu’on doit s’activer pour avoir les bons et les très bons que nous avons envie de voir venir diriger.

- Les grands noms ne se ruent pas à Genève...

-Quand toute l’activité lyrique (40% du temps de travail ndlr) et la programmation du directeur musical ont été définies, il ne reste pas beaucoup de disponibilité pour des chefs invités. Il n’y a que 4 ou 5 semaines à proposer. II faut viser les bonnes personnes au bon moment, les bons répertoires, attirer les noms intéressants. C’est plus une question de temps que de moyens.

- Quelle stratégie allez-vous développer avec la fondation?

-Le multimédia et l’audiovisuel, pour moderniser l’orchestre et le rendre visible. Une offre numérique accessible est indispensable. Le disque ne suffit plus. Il faudra peut-être transformer et faire évoluer certains postes. On pourrait aussi exploiter la banque d’enregistrements exceptionnelle de la RSR. Mettre en valeur des commandes ou des créations. Il y a plein de pistes à discuter.

-Quid du centenaire en 2018?

-Le groupe de travail a déjà fait de beaux projets. Nous allons essayer de construire quelque chose qui a du sens. L’idéal serait, en complément d’une programmation d’anniversaire, d’éditer un livre, avec rétrospective de photos et coffrets d’enregistrements. Nous rechercherons la cohérence, sans extravagance mais avec classe.

- Où en sont les rapports avec le Grand Théâtre?

-Nous travaillons sur les deux dernières années de Tobias Richter. Il ne veut pas s’engager sur le mandat de son successeur, dans une saison qu’il ne programmera pas. Idéalement nous attendons une collaboration sur le choix des ouvrages et des directeurs musicaux. Le profil d’un chef n’est pas le même à l’opéra qu’au symphonique. Il est logique que le directeur propose des chefs en mesure d’avoir des liens avec les dramaturges. Mais si le type de profil est différent, l’exigence de qualité artistique doit être maintenue au niveau de celle du symphonique. Il est bénéfique pour l’orchestre de se confronter à de grands chefs d’opéra qui ne travaillent pas de la même façon en fosse ou sur scène.

- Quelle évolution imaginez-vous pour la structure et le fonctionnement?

-C’est trop tôt pour le dire. Pour l’instant j’intègre les règles. J’ai besoin de temps, et nous travaillons déjà sur cet aspect avec le bureau du conseil. Radio France est subventionné à 95% par l’Etat, par exemple. A Genève, C’est différent. Le développement commercial et celui du mécénat sont essentiels.

- Un audit interne a été commandé par la Ville. Ça vous inquiète?

-Ce sera un outil de travail très précieux, dont j’attends les conclusions avec impatience.

- Il y a une forte attente vous concernant.

-Je n’ai pas de baguette magique. Les problèmes internes et la gestion du personnel sont similaires dans tous les orchestres. Avec des périodes de crise et d’équilibre, qui existent partout. Elles se gèrent avec du temps, de l’initiative, des recadrages et des recrutements.

- Quel équilibre se dessine avec la présidence?

-Trois jours avant mon arrivée, un message à été envoyé à tous les Amis, partenaires et musiciens pour signaler que l' interim de la présidence était terminé, que le fonctionnement reprenait son cours normal et qu’il fallait passer par moi pour toutes les affaires courantes. Tous les signaux sont positifs.

- Entre le chef et la présidence, est-ce une position compliquée?

-C’est une équipe où chacun a son rôle, sa place et son utilité pour un fonctionnement harmonieux. Les premiers contacts sont très encourageants.

- Un contrat à durée indéterminée, est-ce une sécurité, une liberté ou un risque?

-Quand on prend un orchestre comme celui-là, c’est pour y rester le temps de l’amener quelque part. Il y a tout pour que ça fonctionne. Avec le début d’un nouveau directeur musical, une synergie va se créer. C’est le meilleur moment.

- Quelle place souhaitez-vous donner à l’OSR dans la cité?

-L’implication d’un orchestre dans le tissu social est fondamentale pour renouveler les publics. Par des événements extérieurs, des projets interdisciplinaires, des applications, des concerts fiction à la radio, des programmes adaptés aux enfants ou en lien avec l’Université... Les idées ne manquent pas!

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