MUSIQUE

Magicrays, les scintillements d'une pop intimiste et gracile

Fort d'un délicat troisième album, «On the Shoreline», le quintette romand est en tournée.

D'un manoir hanté surplombant le lac de Joux à un studio à l'abri du soleil plombé de Tucson, Arizona. Deux atmosphères d'enregistrement pour deux albums tout aussi lumineux, en deux ans. L'exploit est signé Magicrays, quatuor rock romand devenu quintette dans l'intervalle, qui confirme avec On the Shoreline une écriture aussi racée que délicate et gracile. Alliant dans des compositions diaphanes la langueur mélodique à un lyrisme brûlant, ce troisième album s'ouvre sur une chanson qui reprend le titre de l'album précédent, Take me home. Une liaison marquant une forme de continuité pour le groupe, apparu en 1996, tout en traçant des perspectives pop plus épurées.

Passé orfèvre dans l'art des ballades intimistes, le chanteur et guitariste Raphaël Enard a d'abord fomenté seul chez lui ce répertoire raffiné avant d'en confier la destinée à l'entité Magicrays et à l'ouïe avisée du producteur et multi-instrumentiste John Parish. L'Anglais, dans l'ombre de productions rock notoires (PJ Harvey, 16 Horsepower, Sparklehorse, Eels ou Goldfrapp), finira encore par mêler sa voix à un titre d'un album où il a, selon Raphaël Enard, «essayé de faire ressortir l'essence du son Magicrays».

La patte Parish

Une identité sonore tout en fluidité scintillante, en souplesse retenue, même quand l'électricité des guitares vient perturber la sérénité ambiante de ce flux de mélancolie. Dans le studio Wavelab, fief des précieux Calexico, Parish se concentrera avant tout «sur les rythmiques des compositions, sur la voix». Raphaël Enard: «J'ai ainsi chanté tous les jours, j'ai pu soigner mon phrasé, sans l'angoisse de devoir poser ma voix d'une traite au final.» Une manière d'opérer sans trop de filets durant deux semaines, dans le bouillonnement des enregistrements live, et sans les retouches miraculeuses d'un logiciel informatique.

Si Magicrays a atterri par hasard en Arizona, au milieu d'un studio en forme de caverne d'Ali Baba d'instruments vintage, la chaleur qui imprègne la texture sonore générale de On the Shoreline découle donc plus d'une atmosphère de travail conviviale que du climat aride. Tucson et Parish n'ont pas vu naître l'album, mais lui ont permis d'élever sa cohésion.

On the Shoreline (Gentlemen/Namskeio) Magicrays en concert: Caribana festival, Crans-près-Céligny (VD), ve 11 juin à 22 h 15. Au parc des Bastions, Genève, 19 juin; au Mad, Lausanne, 23 juin.

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