L'invitation généreuse lancée par la Rhénanie-du-NordWestphalie est une aubaine pour la Suisse et ses artistes. Le Land et ses grandes villes, Dortmund en tête, ont mis ensemble 1,2 million d'euros pour subventionner le festival szene: schweiz in NRW. Associés comme partenaires, Pro Helvetia et Présence suisse ont ajouté leur part à hauteur d'un cinquième du budget total. Le festival est décentralisé et son financement obéit au principe de subsidiarité: l'argent aide directement les acteurs prêts à se mobiliser dans un cadre autonome.

Il n'y a ni intendant, ni superstructure pour chapeauter le festival. Le programme final est l'addition de dizaines d'initiatives au niveau des artistes et institutions culturelles des deux pays, qui tissent des liens féconds.

Ces échanges sont appelés à se développer. Sylke Herberholt à Dortmund parle d'«effets boule de neige». C'est la magie des réseaux.

Cette expérience relativise la décision de Pro Helvetia de ne pas ouvrir à Berlin un Centre culturel national comme la Suisse en a un à Paris (lire LT du 23.6.2004). Pour mieux faire rayonner la culture contemporaine suisse en Allemagne, la démarche de la NRW est presque un contre-modèle: subsidier habilement des initiatives plutôt qu'investir dans un toit, des murs et du personnel.

Reste qu'installer à Berlin un émissaire de Pro Helvetia doté d'un budget ne serait pas un luxe. Car l'attaché culturel de l'ambassade n'a pour ainsi dire pas d'argent à disposition. Et les titulaires de ce poste sont d'abord des diplomates. D'autres pays sont bien plus offensifs que la Suisse pour soutenir durablement la création de leurs artistes, spécialement à Berlin, une des scènes artistiques les plus stimulantes d'Europe.