Commissaire à la pipe

Maigret et le serial killer

Dans «Maigret tend un piège», le commissaire, rompu aux crimes d’amour ou d’argent, rencontre un tueur en série. Dans l’histoire de la culture populaire, cela se passe quatre ans avant «Psychose»

Georges Simenon est mort à Lausanne il y a 30 ans, en septembre 1989. En cette «année Simenon», proclamée aussi en raison de l’anniversaire de l’esquisse de Maigret en 1929, chaque semaine, notre chroniqueur rend hommage à l’impérissable commissaire.

Retrouvez toutes nos chroniques au long de la lecture des Maigret.

Le roman Maigret tend un piège stupéfie. Durant la lecture de l’intégrale des Maigret, les années 1953-1956 présentent de petits coups de mou – légers, car chez Simenon, la lenteur n’est pas de mise. J’attendais beaucoup de Maigret chez le ministre, pour la dimension politique, et l’on a une enquête assez banale. Maigret et le corps sans tête, qui suit, offre une amusante et macabre balade en compagnie d’une femme glaciale qui obsède le commissaire.

Cinq femmes assassinées

Puis arrive Maigret tend un piège, et cette brutalité dans le cycle: un tueur en série. Cinq femmes ont été assassinées à Montmartre. Maigret organise une opération massive, 400 personnes mobilisées, afin de piéger le tueur. Après coup, on peut dire que la manœuvre a été un succès; mais elle n’a pas empêché un nouveau crime, commis pour disculper le suspect. «Maigret a commis une faute», écrit son créateur, et c’est peut-être la plus grave qui soit.

Loin des crimes des passions

Maigret n’est jamais aussi à l’aise que face aux crimes passionnels, au sens de tout ce qui consume l’humain, amour, argent, orgueil… Le tueur en série échappe à cette vision des choses: «C’était un homme différent des autres, un homme qui tuait sans aucune des raisons que les autres pussent comprendre […].» Une énigme radicale pour le commissaire à la pipe. Pourtant, lorsque la culpabilité de son suspect est avérée, celui-ci se lance dans un monologue d’une ampleur inédite. Il décrit la vie de son coupable, son étouffement par sa mère puis sa femme, sa rage de ne pas exister en dehors de la figure maternelle…

Simenon écrit ce roman du 5 au 12 juillet 1955. Quatre ans plus tard, aux Etats-Unis, Robert Bloch publie Psycho, le roman qui inspirera Alfred Hitchcock. Maigret avait déjà affronté une modernité de la cruauté.


«Maigret», c'est fini dans le journal, mais cela continue sur www.letemps.ch: tous les samedis sur notre site, une chronique jusqu’à la fin de la lecture des 75 romans.

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