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La maison Ammann va fermer boutique

L’éditeur zurichois Egon Ammann, l’une des maisons de langue allemande les plus réputées, fermera boutique en juin 2010.

Le monde littéraire alémanique est sous le choc. La nouvelle est tombée hier: l’éditeur zurichois Egon Ammann, l’une des maisons de langue allemande les plus réputées, fermera boutique en juin 2010. Ses deux fondateurs Egon Ammann et Marie-Luise Flammersfeld évoquent leur âge – ils ont respectivement 68 et 60 ans – et les difficultés du marché du livre pour justifier cette décision qui touche de plein fouet plusieurs auteurs contemporains suisses, à l’image de Thomas Hürlimann, Ruth Schweikert ou encore Matthias Zschokke.

Avec cette annonce, le Tages-Anzeiger parle du départ d’un «navigateur à l’instinct de génie comme il n’en existe plus beaucoup». Et derrière les motivations évoquées c’est aussi l’absence de successeur adéquat qui est soulignée pour cette adresse qui, spécialisée dans la littérature, se voit menacée. L’achat par une autre maison a certes été envisagé, déclare au Temps le directeur Simon Rüttimann, mais aucune n’avait le profil adéquat pour poursuivre le travail accompli jusqu’ici. On a donc préféré s’arrêter là. «Nous cherchons dorénavant des solutions pour les écrivains concernés.»

Pour l’Argovienne Ruth Schweikert, auteure de «Ohio» ou encore «La poupée fourrée», c’est un coup dur», confie-t-elle au Tages-Anzeiger. «Ammann a non seulement soigné les auteurs les plus connus mais aussi sorti de l’oubli des ouvrages, investi dans les traductions. C’est une tragédie de découvrir qu’il ne semble plus possible de diriger une édition avec un pareil profil. […] J’aurais beaucoup aimé voir paraître mon prochain livre prévu pour l’automne 2010 chez Ammann. Je le termine et je cherche ensuite une maison d’édition.»

Même regret dans les mots de Thomas Hürlimman dont le recueil de nouvelles «La Tessinoise» fut, en 1981, le premier livre d’Ammann: «Les éditions Ammann m’ont donné la possibilité de suivre mon chemin et m’ont soutenu même dans les phases difficiles (..) elles méritent une standing ovation de la part des écrivains, des libraires et des lecteurs».

Fondé en 1981, Ammann qui occupe aujourd’hui onze personnes, atteint un chiffre d’affaires de 3,5 millions de francs avec un catalogue de mille titres. Depuis ses débuts, la maison a soigné ses auteurs chéris à l’image de Pessoa dont elle publie en allemand le «Livre de l’intranquillité» en 1985 ou encore Wole Soyinka dont elle fait paraître «Aké» peu avant son obtention du Prix Nobel en 1986. C’est elle également qui dispose sur son catalogue des traductions du français Eric-Emmanuel Schmitt.

Connu pour son franc-parler, Egon Ammann a encore fait beaucoup jaser en automne dernier lorsqu’il attribuait le premier Prix Suisse du livre dans le cadre du festival de littérature Buch08 à Bâle. Lundi, dans son communiqué, il a, avec sa collègue, souligné avoir tout donné ce qui était possible. «Tout a son temps», conclut-il.

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