Le cinéma d’épouvante est un métronome qui offre à chaque décennie une poule (psychopathe) aux œufs d’or: un film fauché qui démultiplie son budget de misère en bénéfices astronomiques. Les années 1970 eurent Halloween. Les années 1980 Evil Dead. Les années 1990 The Blair Witch Project. Avec des recettes de plus de 100 millions de dollars sur le sol américain pour un budget de 15 000 dollars, Paranormal Activity les bat tous. Est-il plus efficace? Pas vraiment: il s’agit d’une variation très simple sur le thème de la possession démonique. Une déclinaison sans surprise qui repose sur le principe éprouvé, notamment par les récents Rec et Cloverfield, de la caméra tenue par ses personnages principaux.

Ce faux documentaire s’ouvre en effet lorsqu’un couple acquiert une caméra vidéo afin d’enregistrer les phénomènes paranormaux qui lui pourrissent chaque nuit: un esprit frappeur se manifeste en laissant entendre des bruits de pas dans la cage d’escalier ou en déplaçant des objets. Nuit après nuit, malheureusement, les manifestations se font plus violentes et agressives.

Le réalisateur américain Oren Peli, ancien designer de jeux vidéo, a tourné ce premier film en sept jours, dans sa propre maison, avec des acteurs amateurs. Dire que ce garçon, jeune Israélien immigré aux Etats-Unis à l’âge de 19 ans, est un petit malin tient de l’euphémisme. Cinématographiquement d’abord, il relève parfaitement son pari d’épouvante avec une idée très simple. Après les séquences vaudevillesques de la journée, ses héros posent chaque nuit la caméra sur un trépied et enregistrent, durant leur sommeil, un plan fixe suffisamment large pour inclure leur lit, ainsi que la porte adjacente qui donne sur une cage d’escalier et un couloir sombre. Oren Peli prend le pari d’accélérer les enregistrements lorsqu’il ne se passe rien, et de les ralentir quelques secondes avant qu’un phénomène paranormal survienne. Cette idée, pacte avec le spectateur qui prend à contrepied la furie stroboscopique de la plupart des films d’horreur actuels, ramène le cinéma à l’un de ses dispositifs fondamentaux: le plan fixe et la maîtrise du temps.

L’autre ruse de Paranormal Activity, c’est de ne quasiment rien montrer sinon la peur sur le visage de ses héros et leurs réveils en sursaut. S’il fallait prouver que la suggestion est encore le meilleur moyen de faire dresser les cheveux sur la tête, ce film en est la démonstration parfaite.

A ce prodige d’économie et de simplicité, il faut bien sûr ajouter la promotion qui a permis à Oren Peli de vendre son film au studio Paramount et à le doter d’une campagne de marketing viral d’un genre nouveau. Car si Paranormal Activity a été tourné en une semaine, il a fallu trois pleines années pour l’amener au public. Dès sa première projection au Festival Screamfest en 2007, puis à l’occasion de maintes avant-premières confidentielles, Oren Peli a d’abord apporté à son montage une cinquante de changements suggérés par les spectateurs sur le blog du jeune réalisateur. Jusqu’à ce que l’un d’eux apporte, en plus d’une nouvelle idée de fin, un appui inespéré: Steven Spielberg.

Le studio de Spielberg, DreamWorks, entre alors dans la partie. Mais il est encore exclu de montrer le film dans le circuit classique des salles américaines. L’idée première est de confier à Oren Peli le tournage d’un remake plus professionnel, et avec des stars. Mais Peli parvient à persuader DreamWorks d’organiser des projections-tests avec le film originel. Afin de mesurer son potentiel. Les réactions sont telles que l’effroi des spectateurs, filmés durant les projections, est intégré à la bande-annonce. Et même le divorce entre DreamWorks et Paramount bénéficie à Oren Peli: cette séparation gèle pour un temps la sortie du film, ce qui laisse la rumeur enfler de plus belle.

Lorsque Paramount reprend la bride, nouveau coup de chance pour le cinéaste: le studio décide de tester sur le film un nouveau type de stratégie: lancer le film en deux temps. D’abord, une courte sortie, pour lancer le bouche-à-oreille. Ensuite, une incitation à demander, grâce à la fonction «Demand it!» de Facebook, le retour du film. Ceci afin de déterminer exactement le potentiel d’exploitation du film et cibler les bonnes salles. Résultat: outre les plus de 100 millions de dollars amassés pour l’instant sur le sol américain, ce sont 52 pays qui s’apprêtent à découvrir ce diable de petit film.

Paranormal Activity, d’Oren Peli (USA 2007), avec Katie Featherston, Micah Sloat, Mark Fredrichs. 1h26.

La suggestion reste le meilleur moyen de faire dresser les cheveux sur la tête