Souriant, solide et assuré. Prudent comme un Sioux aussi. Il nous a accordé un entretien en compagnie d'Annette Schönholzer à la veille de la 39e édition de la foire à Bâle. Marc Spiegler habite sa fonction de codirecteur d'Art Basel depuis trop peu de temps pour se permettre la moindre déclaration imprudente.

Bien calé dans un fauteuil du Bar Rouge, au pied du Messeturm, la tour vitrée où sont logés les bureaux de la Foire de l'art, Marc Spiegler répond de manière parfaitement affable mais se montrera, il l'annonce d'emblée, d'une discrétion stricte. Réserve renforcée sans doute par son expérience du métier qu'il exerçait jusqu'ici, celui de journaliste.

Avec la codirectrice, Annette Schönholzer, qui le rejoint en cours de conversation, la complicité se traduit par les échanges de regards; tacitement, les propos de l'un sont contresignés par l'autre.

Samedi Culturel: Audépart, la nouvelle direction d'Art Basel, en remplacement de Samuel Keller, se composait d'un trio. Or un nom a disparu de l'affiche, celui de Cay Sophie Rabinowitz, directrice artistique. La foire n'a-t-elle plus besoin d'une telle fonction?

Annette Schönholzer: L'expression «direction artistique» recouvre des fonctions multiples. Samuel Keller s'en chargeait, comme de tant d'autres tâches, car le champ de ses responsabilités s'est étendu en même temps que se développait la foire elle-même. L'ampleur et la complexité d'Art Basel exigent de ses responsables la plus grande polyvalence. Tout en exerçant nos compétences particulières, nous devons nous montrer simples, pragmatiques, coopératifs et rapides. Marc Spiegler et moi maintenons entre nous un dialogue constant et nous nous faisons confiance mutuellement.

Quelles particularités observez-vous cette année dans la sélection des galeries?

Marc Spiegler (M.S.): La foire se veut extrêmement exigeante; de sorte que la compétition entre galeries devient de plus en plus vive, surtout s'agissant des plus jeunes. Sur plus de mille candidatures, trois cents ont été retenues, dont 72 américaines, 49 allemandes, 35 suisses, 29 de Grande-Bretagne et 22 françaises. Le taux de renouvellement est naturellement plus élevé parmi les jeunes galeries que parmi les plus établies, installées à l'étage rez de la foire.

Le marché de l'art connaît une expansion extraordinaire. Et quel effet prévoyez-vous sur le développement d'Art Basel?

M.S.: De manière générale, l'art de qualité se vend très bien, ce qui ne peut être que bénéfique puisque Art Basel mise exactement sur ce créneau. Si le marché spéculatif risque l'implosion, pour le commerce de l'art sérieux et réfléchi les perspectives paraissent belles. On estime, en effet, que le nombre des collectionneurs vraiment engagés dans cette activité grandit à une vitesse qui dépasse largement le rythme de croissance d'Art Basel. D'ailleurs nous pratiquons une gestion prudente; la taille de la foire aurait pu doubler; nous avons préféré une autre stratégie.

Les planètes autrefois antinomiques, celle des marchands d'art et celle des maisons d'enchères, tendent à se rapprocher de plus en plus. Quelle est votre politique à cet égard?

M.S.: Tant que je tiendrai les commandes, les maisons d'enchères ne pénétreront pas dans la foire. Art Basel, fondée par des marchands, constitue une plate-forme pour les galeristes. Nous sommes d'abord et avant tout à leur service. La foire de l'art est née à l'initiative du grand marchand bâlois Ernst Beyeler et s'est développée sous son influence; il y a fort à parier que son empreinte s'y fera encore sentir durant les vingt années qui viennent.

Et qu'en est-il, en effet, de l'ancrage bâlois de la foire?

M.S.: A Bâle nous sommes extrêmement bien accueillis et soutenus: tous ici souhaitent notre réussite!