Trois lettres pour une secousse: FAC, acronyme de Featured Artists Coalition. Trois mots qui font trembler une fois encore les fondements d'une industrie du disque sous antidépresseurs ces dernières années. Depuis le début du mois d'octobre, cette nouvelle entité porte en elle un défi majeur: celui de mieux protéger la propriété intellectuelle des musiciens en Angleterre. Ce qui ne constituerait en soi rien de bouleversant si l'initiative n'émanait et n'était pas pilotée par les artistes eux-mêmes, si elle ne regroupait des stars mondialement reconnues et si, enfin, elle ne réactualisait la question des droits d'auteur de façon radicale, voire révolutionnaire. Créée officiellement le 4 octobre à Manchester, l'association d'intérêt porte, en quelques points revendicatifs, une estocade profonde auprès des quatre géants du disque que sont EMI, Universal, Warner et Sony BMG.

De quoi est-il question? Essentiellement de remettre la main sur la vie et la diffusion d'une production musicale qui tend de plus en plus à échapper au contrôle des créateurs. La soixantaine de signataires du manifeste, parmi lesquels on compte Radiohead, Iron Maiden, Kaiser Chiefs ou The Verve, mettent en relief les dérives et les abus provoqués par les nouvelles voies de commercialisation comme Internet. Car de plus en plus, dénoncent les musiciens, les maisons de disques concluent des accords avec des sites d'écoute sans les intégrer dans les négociations et sans rémunérer correctement les géniteurs des œuvres.

Renversement de paradigme

Pour contrer cette situation, les artistes ligués demandent de pouvoir garder à tout moment le contrôle sur les droits d'auteur et proposent désormais de les louer ponctuellement aux majors. Un scénario qui sent le renversement de paradigme ou la refonte des rapports de force en vigueur jusqu'à aujourd'hui. Car historiquement, et à quelques exceptions près, les musiciens cédaient l'intégralité de leurs droits aux éditeurs, pour des périodes relativement longues. Les maisons de disques disposaient par la suite du parcours des morceaux en les faisant rebondir parfois loin, dans le monde de la publicité ou dans celui des sonneries pour téléphones mobiles. Aucune de ces déclinaisons ni d'autres comme la mise en ligne de vidéos sur des sites tels que YouTube ne devraient désormais se faire sans l'accord de l'artiste et sans sa juste rétribution.

L'association FAC ouvre ainsi, sur le front anglais, un chantier, qui pourrait vite se transformer en champ de bataille. Le contournement des prérogatives des majors passera sans doute par le chemin politique, avec de longs débats et, peut-être, des législations nouvelles, favorables aux artistes. Les plus puissants de ceux-ci peuvent déjà se permettre de n'en faire qu'à leur guise. Radiohead l'année passée et Oasis il y a quelques semaines ont défait les liens en sortant des disques en parfaite autarcie. Deux cas d'école qui pourraient désormais faire des petits.