revue de presse

Maître Capello, la rigueur et la rigolade

La presse, unanime, rend un hommage appuyé à la star des jeux télévisés français: Jacques Capelovici, artisan d’acrostiches et de palindromes, amoureux de beau langage et de la syntaxe correcte

La presse, unanime, rend un hommage appuyé à la star des jeux télévisés français: Jacques Capelovici, artisan d’acrostiches et de palindromes, amoureux de beau langage et de la syntaxe correcte.

«C’est malin! Qui va nourrir le nourrain maintenant?» s’exclame un internaute de Rue89. Alors on revoit son visage carré sur l’écran fraîchement colorisé de France Régions 3, ses épais sourcils vétilleux, ses cravates bariolées, ses cheveux poivre et sel tirés en brosse arrière et son ineffable porcelet de porcelaine gavé de piécettes en francs français. Un personnage, Jacques Capelovici! Maître Capello pour les intimes, c’est-à-dire tous les téléspectateurs accrochés au Francophonissime et aux Jeux de 20 heures. «Son nom est devenu synonyme de bonne grammaire», dit France-Soir. Il est mort, et c’est une peu de notre jeunesse qui fout le camp, vite oublieuse des palindromes fétiches que ce pilier des Grosses Têtes sur RTL débitait à l’envi: «Eric notre valet alla te laver ton ciré» ou «Esope reste ici et se repose».

Et de rappeler que chaque année, il «allait faire passer les épreuves du baccalauréat aux détenus de la prison de Fresnes, se faisant un plaisir d’apparaître devant les caméras de télévision, hilare, descendant du «panier à salade» qui l’amenait sur les lieux» pour aller transmettre son français policé et polissé. «La patrie, reconnaissante, n’attend pas pour rendre hommage à ses héros» au terme d’un article hilarant publié par le site satirique Désinformations.com, où la nouvelle de sa mort «vient heurter de plein fouet la France de souche déjà durement éprouvée par le passage imminent du nuage radioactif japonais, la guerre en Libye, la défaite du XV de France contre l’Italie et la débandade de l’UMP aux élections cantonales».

«Est-ce de bon aloi de mourir?» se demande L’Est républicain, rappelant une de ses expressions favorites glissées entre deux calembours et l’explication d’une chausse-trap(p)e particulièrement traître. Car «lui, c’étaient les lettres, les belles, qu’il avait étudiées et qu’il enseignait, agrégé d’anglais, certifié d’allemand, diplômé d’italien et de scandinave ancien…» Excusez du peu. «Ce «Maître», surnom que ses élèves du Lycée Lakanal à Sceaux lui avaient donné, était un linguiste très tatillon, capable de se mettre en colère pour un participe passé mal accordé, […] de s’emporter pour un subjonctif. […] Avec une diction qui semblait déjà du siècle dernier au siècle dernier», il «était un véritable amoureux de la langue française. Il s’amusait follement […] à créer des acrostiches» et «possédait un nombre impressionnant d’encyclopédies en moult langues» pour faire la chasse «aux faux-sens, contresens, non-sens et tutti quanti». Et puis il notait avec malice «que deux mots qui commencent par «rig», la rigueur et la rigolade, ne sont nullement incompatibles». «L’index levé pour mieux traquer» la fatale erreur, se souvient Sud-Ouest.

Avec ce que Le Nouvel Observateur appelle «sa sympathique allure de batracien» et «une certaine idée de l’orthodoxie orthographique», rappelle 20 Minutes France, «il trônait en commandeur de la langue française, au point de devenir culte». Et les posts sur Twitter signalent une popularité teintée de ce goût du beau langage qui était sa marque de fabrique, comme «J’ai deux mots à vous dire: nonobstant et galéjades». D’ailleurs, maniant «le second degré avec délice, remarque Le Figaro, Maître Capello acceptait qu’on se moquât [notez le délicieux imparfait du subjonctif] de lui à condition de le faire avec bienveillance. Des années plus tard, au fil des interviews, les téléspectateurs ont découvert un homme plein d’humour assez éloigné de l’image qu’il avait composée à la télé.»

Libération joue aussi la carte du second degré dans «Maître Capello a mouru». On vous livre les premières lignes de cet amusant exercice de style: «Malgré qu’on s’en souvient pas trop beaucoup, rapport au fait qu’on était juste trop pas assez vieux, Maître Capello, après qu’il eût effectuer une belle carrière à la télévision française pas tout à fait à ses prémisses mais presque (antre 1976 et 1986) et placer la barre très haute en matière de langue française, est mort.»

RTBF. Ce qui n’est «pas donné au quidam», indique la Tribune de Genève: on croirait l’entendre… Et Paris Match de rappeler «l’argument commercial du Français sans fautes – répertoire des erreurs les plus fréquentes de la langue écrite et parlée, paru en Livre de Poche en 1992: «Pourquoi est-il incorrect de dire un candidat émérite, un danger encouru, un site industriel, une visite d’Etat? Comment prononcer aiguiser, carrousel, dégingandé, interpeller, jungle? Saviez-vous que l’on peut orthographier ainsi ailloli, alcotest, balluchon, bagou, cymaise, grizzli? L’impétrant désigne-t-il le postulant à une fonction? Un ingambe celui qui n’a pas l’usage de ses jambes? Vous saura-t-on gré de dire je vous serais gré? Vocabulaire, orthographe, prononciation, grammaire: un quarteron – pardon, un quatuor – de disciplines semées d’embûches. Jacques Capelovici a débusqué ces mille erreurs que nous commettons chaque jour à notre insu. Le français sans fautes, répertoire de nos péchés contre la langue, est un livre de salut public.» Point. Final. Rendez les cahiers.

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