Quatre ou cinq jours après la mort de sa femme, un homme boit et fume à la fenêtre de son salon. Ses deux garçons dorment à l’étage. Le tourbillon des visites avait cessé, «les amis et la famille qui s’étaient attardés avec toute leur gentillesse s’en étaient retournés à leur vie». Seul à se demander que faire, «à tourner en rond en attendant que le choc se résorbe, à attendre qu’une émotion structurée, n’importe laquelle, émerge de l’imposture organisée» qu’étaient ses journées. C’est alors que l’on sonne à la porte. Encore un plat de lasagnes, des livres, des câlins? Non. Dans un tourbillon putride et une nuée de plumes noires apparaît un corbeau qui parle. «Je ne partirai pas tant que tu auras besoin de moi», croasse-t-il.

Ainsi débute La Douleur porte un costume de plumes, premier livre et fable étonnante de Max Porter, par ailleurs éditeur à Londres. Divisé en trois parties (Une touche de nuit, Défense du nid et Autorisation de décoller), trois voix prennent la parole à la première personne dans ce récit ultra-sensible de sortie de deuil et de retour à la vie: celle de «Papa», celle de «Corbeau» et celle des «Garçons» qui parlent en cœur. Traduit par Charles Recoursé, le texte se savoure pour sa délicatesse, son humour, son attention extrême à ce qui constitue l’intimité (du couple, de la famille), aux émotions. Et pour le personnage du corbeau: fou du roi, insolent, drôle, aimant.