Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

roman

Le mal au milieu du village

Après «Le Vampire de Ropraz», Jacques Chessex revient sur l’assassinat d’Arthur Bloch, commerçant juif à Payerne, en 1942. Sobre et implacable.

Genre: Roman
Qui ? Jacques Chessex
Titre: Un Juif pour l’exemple
Chez qui ? Grasset, 102 p.

Dans Un Juif pour l’exemple, il est question, comme souvent chez Jacques Chessex, de beauté et de mal. Et de culpabilité. C’est la nature, cette plaine de la Broye, qui étend ses rayons bienfaisants, «surnaturels», doux. Le mal, lui, surgit du bourg, Payerne, calme, «confit», loin, si loin de la guerre, en cette année 1942. L’auteur, qui avait 8 ans à l’époque, se souvient d’un drame qui a frappé sa ville et qui n’a cessé de le hanter depuis (voir ci-contre): un clan de nazillons échauffés du cru, soûls d’arrogance, convaincus encore du triomphe prochain de Hitler et de l’avènement du IIIe Reich, tue en plein jour, en pleine foire, Arthur Bloch, commerçant juif qui en imposait à tous.

Le métier, assurément, et l’émotion qui bouscule encore le vieil écrivain comme il se désigne lui-même donnent aux mots le poids du destin alors que le récit file, ramassé, tout resserré sur le drame. Compact. Quelque chose de tragique tonne d’emblée. Unité de lieu, d’action, de temps. Le rideau se lève sur Payerne, bourg riche secoué par la crise. Cinq cents chômeurs errent de bar en café. La rancœur contre les riches et les juifs rougeoie dans les cœurs.

Entrent en scène les protagonistes. Philippe Lugrin, pasteur sans paroisse parce qu’il a divorcé, échauffe les esprits avec ses harangues hitlériennes. Fernand Ischi, dernier frère d’une famille de garagistes, se hisse en gauleiter de la section nazie régionale et accroche un haut-parleur à son garage qui diffuse sans discontinuer des chants hitlériens. Et puis des désœuvrés complètent la bande.

Le récit de l’assassinat lui-même est implacable de banalité froide, de monstrueuse facilité. Là tournoie l’interrogation centrale du livre, sa béance ouverte sur l’épitaphe de la tombe d’Arthur Bloch dans le cimetière juif de Berne: «Dieu sait pourquoi».

Jacques Chessex n’en revient pas encore d’avoir été le témoin, indirect, d’un tel crime. D’avoir connu tous ses protagonistes. D’avoir regardé avec des yeux émerveillés la fille de Fernand ­Ischi, assise à côté de lui à l’école. De se laisser happer, encore et toujours, par la beauté des lieux en se rappelant que c’est bien là que le mal a surgi.

Cette proximité, la contagion qu’elle peut engendrer, la culpabilité qu’elle nourrit irriguent douloureusement ce roman qui se referme sur un questionnement sans fin, imprescriptible.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps