Malachi Farrell fabrique des machines. Un peu à la manière de Tinguely. Par le débat qu'il instaure entre son art et la société, il se situe aussi dans la ligne de Joseph Beuys. Ce jeune Irlandais vivant à Paris et en banlieue attire les références. Mais il sait aussi s'en distancier, souhaitant sortir l'art contemporain de son confinement par une pratique collective, ouverte. Témoignages écologistes et humanistes en son et lumière, ses installations fonctionnent comme des contes merveilleux frappant l'imagination plutôt que comme des récits documentés trop lourdement revendicateurs.

Invité par Attitudes, à Genève, il a travaillé avec l'espace à sa disposition. Dans cette ancienne menuiserie, il scie le bois à son tour. Il rend même les visiteurs témoins de l'exécution de deux arbres. A moins que ce ne soient deux hommes.

Dans l'escalier rustique qui mène à la galerie, des scies traversent des panneaux de bois de leurs va-et-vient menaçants. Puis l'on pénètre dans la salle d'exposition, sombre. Au fond, une maisonnette est accrochée au mur à la manière des coucous. Si ce n'est que la porte ne va pas libérer un petit oiseau mais, à nouveau, un bataillon de lames rondes et méchamment dentées. Le tout est relié à une machinerie électronique qui vomit sans pudeur ses fils et ses puces électroniques. Un arrangement sonore haché, où l'on reconnaît le Flash Gordon de Queen, finit de donner un ton désespérant à l'ensemble.

La porte ne se referme que pour céder la place à plus terrible encore. Cette sinistre horloge a en effet sonné l'heure fatale. Derrière un rideau blanc – mais rien n'empêche le visiteur d'aller voir ce qui se passe derrière avant que le voile ne s'écarte de lui-même – deux arbres sont assis sur d'horribles sièges dignes des séances de tortures moyenâgeuses. Ou des exécutions à la chaise électrique tout à fait contemporaines. Et c'est bien de cela qu'il s'agit: les branches aux allures anthropomorphes s'agitent bientôt dans des spasmes provoqués par de fortes secousses. La fée électricité se fait sorcière. En 1953, les époux Rosenberg, accusés par la CIA d'avoir transmis aux Russes le secret de la bombe atomique, avaient obtenu d'être ainsi exécutés côte à côte. C'est la présence du visiteur qui met en marche ce théâtre électronique en trois actes. Le tout est réalisé par Malachi Farrell le bricoleur grâce à du matériel de récupération.

Il en était de même pour Hooliganisme, grandiose installation que l'on peut voir en vidéo à Attitudes et qui fonctionne comme une reconstitution de la tragédie du Heisel. Des bouteilles en plastique et des canettes en aluminum vides y remplaçaient les supporters. Récupération encore avec Le Village, sorte de bidonville, de baraquements tziganes, construit d'abord près de Toulouse en 1997, puis, l'année dernière, en Allemagne. Malachi a travaillé sur ce projet avec son frère Seamus; ils sont trois frères artistes. Le Village était éminemment propice au questionnement anthropo-sociologique. Avec les visiteurs et les écoles du voisinage, les Farrell ont ouvert la discussion autour de l'habitat, de sa précarité, mais aussi des notions de séparation, de distance, de circulation. Des concepts liés autant à la vie sociale, à l'architecture qu'à l'art.

C'est sans doute cette prise en compte du public qui a permis à Malachi Farrell d'être retenu pour les Portes de l'an 2000. Le jeune artiste (29 ans) appartient en effet à la douzaine de créateurs en tous genres pressentis pour ce projet annoncé par la ministre de la Culture française, Catherine Trautmann, en décembre. Comme Jean Paul Gaultier, Philippe Decouflé, Alfredo Arias ou encore Jérôme Deschamps et Macha Makeieff, il est invité à formuler une proposition de portique pour rythmer le passage vers le troisième millénaire sur les Champs-Elysées. A suivre.

Malachi Farrell, à Attitudes, Rosemont 5, Genève, tél. 022/ 700 34 21, www.attitudes.ch. me-sa de 15 h à 19 h et sur rendez-vous, jusqu'au 13 mars.

Malachi Farrell est l'invité de F@xculture, jeudi 25 février à 22 h 35.