Il fallait avoir une bonne dose de sang-froid. Ou de panache. Claude Stratz, qui ne s'était jamais attaqué à Molière, monte Le Malade imaginaire à la Comédie-Française, où l'œuvre de Poquelin est à l'affiche depuis 1680. Mieux: il promet un Malade mélancolique, au risque de déboussoler le public qui l'imagine plutôt comique.

Samedi Culturel: Pourquoi n'aviez-vous jamais monté Molière?

Claude Stratz: Il y a là un paradoxe apparent. Molière est le premier auteur que j'ai aimé lire. Il est donc lié à l'enfance. Quand j'ai commencé à faire de la mise en scène, je me suis détourné de cette œuvre, parce que je l'associais à la tradition. Je voulais empoigner le réel, trouver des images qui le cristallisent, pas revisiter les classiques.

Pourquoi «Le Malade» vous fascine-t-il?

A cause de son contexte. Lorsqu'il écrit cette pièce, Molière se sait gravement malade. Il trouve pourtant le moyen de faire une pièce comique à partir de l'horreur. Il se sert de son malheur pour faire rire.

Quels sentiments vous inspire ce passage à la Comédie-Française?

Un immense plaisir. J'y ai découvert une vraie troupe de théâtre: il y a chez ces comédiens qui se côtoient à longueur d'année un esprit d'entraide unique. Je suis aussi frappé par leur capacité de se remettre en question, d'entrer dans le jeu que je leur propose. Ils ont le privilège rare d'être porteurs d'une mémoire du théâtre. Notre but, c'est de ne pas la subir. Mais de la rendre féconde.