La légendaire «âme russe» reste difficile à définir. Natalya Kudryashova, actrice et réalisatrice, s’y essaye avec foi dans son quatrième film, mais lance plus de questions qu’elle ne résout de mystères. Dans une forêt dont les troncs figurent les colonnes d’une cathédrale, une femme se met à courir, comme éprise de liberté. Cet essor initial finira en crash existentiel.

Sa fille Lera Gerda, de son nom de scène, est devenue grande. Elle fait des études de sociologie et mène des enquêtes qui la confrontent à la misère morale et pécuniaire – une vieille femme qui a «arrêté depuis longtemps de penser au bonheur», un vieil homme atteint du syndrome de Diogène. Elle travaille aussi comme danseuse érotique dans un night-club.

Le cœur et la chair

Il n’est pas facile d’harmoniser la sociologie et la métaphysique, Platon et la violence domestique, la coke et la terreur métaphysique de savoir qu’on est sur une planète lancée à 2000 kilomètres/seconde dans le vide…

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Entre flashbacks et scènes symboliques, la structure du film n’aide pas à clarifier le propos. L’unité de genre est foulée aux pieds, on passe d’une promenade dans un grand cimetière sous la neige à une scène vaudevillesque (visite surprise à la maîtresse du père) ou à un détail mêlant le pathétique et le grotesque (le chat castré miaulant désespérément auprès de la chatte en chaleur). Une scène magnifique établit la supériorité du cœur sur la chair: entraînée dans une chambre d’hôtel par quelques hommes d’affaires pleins de coke et de pognon, Gerda calme les ardeurs des violeurs potentiels en leur chantant une comptine sur la neige qui ratatine leurs pulsions… Un flashback montre des coccinelles, mais à la dernière scène les arbres sur la place ont été abattus.