Dans Terminus Nord, son premier roman (Actes Sud, 1992, Prix Walser), Malika Wagner dépeignait avec une grande justesse la vie des gamines maghrébines de la banlieue parisienne. Zohra, l'héroïne du Château d'eau, pourrait être l'une d'entre elles qui aurait échappé à l'emprise culturelle et familiale et qui en paierait le prix. Mais de son passé, de ses origines, nous ne saurons presque rien. Aux premières pages, elle est engagée comme rédactrice dans une agence qui crée des sites de vente sur Internet. Dans cette ruche à faire du miel avec rien, les ouvriers butinent des mots et des images pour vendre n'importe quoi dans une excitation factice et une concurrence hystérique. Zohra tente d'y laisser aussi peu que possible d'elle-même. En contrepoint, elle s'entraîne des heures dans une piscine municipale sous la protection rude d'un maître nageur qui croit en ses capacités athlétiques. Mais tout se délite: cet étrange projet sportif, le travail, les relations affectives. Zohra se dilue dans une anomie grise. Le livre est dédié à Paul Nizon: l'univers urbain, hostile, dépressif de l'héroïne a en effet bien des similitudes avec celui de L'Année de l'amour.