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Tully (Mackenzie Davis) et Marlo (Charlize Theron).
© DR

Cinéma

Maman baleine trouve fée du logis dans «Tully»

Jason Reitman et Diablo Cody se retrouvent pour étriller l’American way of life. Mais la satire peine à faire des étincelles

Pur produit de la middle class, Marlo (Charlize Theron) est au bout du rouleau. Elle a fort à faire avec ses trois enfants, une fille à lunettes, un garçon HP à TOC dont l’école ne veut plus et un bébé à naître. Son mari est un couch potato. Son frère, un parvenu dont l’aisance financière l’humilie. Lorsque ce fat propose de lui payer une «night nanny» (peut-on traduire par «nounou de nuit»?) pour la soutenir à son retour de maternité, elle refuse ce qu’elle considère comme une nouvelle ostentation de richesse doublée d’une intrusion dans sa vie privée. Sur les rotules, elle finit toutefois par accepter l’offre.

Toc toc, voilà Tully (Mackenzie Davis). Elle est fraîche et joyeuse, cool et efficace. Marlo est obligée d’admettre que l’idée de son frère était bonne: la night nanny est une perle rare. Non seulement elle lui ménage de belles plages de sommeil, mais elle récure aussi la maison et cuit des cupcakes. La fée bleue s’est glissée dans le home sweet home. Une complicité profonde, voire une forme d’intimité troublante, s’installe entre les deux femmes.

Papa rigolo

Jason Reitman a un papa rigolo, Ivan, qui a signé quelques-unes des comédies les plus populaires de la fin du XXe siècle (S.O.S. Fantômes, Junior, Un flic à la maternelle…). Les chiens ne faisant pas des chats, le gamin a emboîté le pas au père et à sa joyeuse humeur en signant des fables aigres-douces autour de sujets sérieux, comme les manipulations de l’opinion par l’industrie du tabac (Thank You for Smoking) ou la crise économique (In the Air).

C’est évidemment avec Juno, chronique douce-amère de l’adolescence, qu’il s’impose. Ce portrait grinçant d’une gamine enceinte et toujours rebelle a été écrit par Diablo Cody, ex-strip-teaseuse et opératrice de téléphone rose, devant laquelle la bien-pensance ne repousse plus. Les deux sacripants remettent le couvert avec Young Adult: Charlize Theron y incarne une trentenaire solitaire, adolescente incurable, qui retourne dans son bled natal mettre le souk dans le ménage de son ancien boyfriend.

Cétacé flasque

Depuis, Diablo Cody a écrit l’excellent Ricki and the Flash, tandis que Reitman tournait des films plus sentimentaux comme Labor Day ou Men, Women & Children. A 40 ans, la scénariste s’est-elle assagie? A tâter du mélo, le cinéaste a-t-il pris goût au sucre? Leur troisième collaboration s’avère moins grunge que les précédentes.

Juno se qualifiait de «baleine dissuasive». Reconduisant le masochisme qui l’a poussée à s’enlaidir pour Monster, Charlize Theron s’exhibe en cétacé flasque avec son gros ventre. «Qu’as-tu fait à ton corps, Maman?» demande un de ses chéris. Tully rend un juste hommage aux femmes et aux mères qui cuisinent, lavent et biberonnent tandis que leur moitié branle son joystick. Mais la dimension satirique s’efface derrière l’histoire d’une rédemption et un twist déroutant, basé sur de la psychologie de magazine avec une touche fantastique parfumée de schizophrénie. Le prénom «Tully» est la clé. Attention de ne pas rater la minute où tout s’éclaire.


Tully, de Jason Reitman (Etats-Unis, 2018), avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Mark Duplass, 1h35.

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