BEAUX-ARTS

Le Mamco ressuscite la plasticienne Gina Pane, Þgure phare du body art

L'institution genevoise expose photos et sculptures d'une artiste radicale qui a souvent transformé son corps en œuvre d'art et qui a eu une grande influence en France

Le Mamco inaugure aujourd'hui le deuxième épisode de l'aventure intitulée «Vivement 2002!», qui devrait en comprendre six. Cet épisode comprend lui-même deux parties: une collective au quatrième étage du musée et une suite de présentations monographiques au deuxième. La collective accueille un choix effectué par le directeur du Mamco Christian Bernard parmi la collection du Frac (Fonds régional d'art contemporain) Nord-Pas-de-Calais – l'une des plus intéressantes collections constituées depuis 1982 en France par les Frac, aujourd'hui au nombre de vingt-trois. Sous un intitulé emprunté au «Jeu des 7 familles», ce sont sept salles qui sont investies de travaux mis en relation les uns avec les autres.

Mentionnons une salle de peintures abstraites, ou post-abstraites, dues notamment à Helmut Federle ou Imi Knoebel; une salle de dessins et objets muraux; une autre où une œuvre contemporaine se superpose ou se réfère à une œuvre antérieure, et où la très glamour Sylvie Fleury donne toute latitude à son goût de la fanfreluche et du confort; une encore dite des «célibataires», où une statue de pénitente confectionnée par Berlinde de Bruyckere semble tituber et étouffer sous ses voiles de béguine.

Une œuvre entre douleur et mutilation

La plus intéressante des expositions est celle qu'Anne Marchand consacre à son amie Gina Pane (1939-1990). Cette plasticienne d'origine italienne, qui a travaillé en France, où elle a exercé également une influence en tant qu'enseignante, au Mans en particulier, fut la principale représentante à Paris du «body art». Ses actions des années 60 et 70, toujours assez longues et silencieuses, sont documentées au moyen de photographies séquentielles et de quelques croquis. A ces travaux s'ajoutent des sculptures minimales, proches de la nature, au point que l'on peut aussi évoquer le land art à propos de la pratique de Gina Pane.

A l'extrême provocation que représente le fait de s'infliger douleur et mutilation (on voit Gina Pane s'entamer l'arcade sourcilière jusqu'à «pleurer» du sang ou laisser des vers infiltrer sa bouche et ses paupières dans une sorte de mime passif de l'état de mort) s'allie une rigueur, voire une froideur, qui frise l'esthétisme. Mais un esthétisme jamais éloigné du sens de la vie ou de son non-sens, bref de la souffrance et de ce qui la dépasse, qu'on appelle cela combat perdu ou foi éperdue.

Parmi les autres expositions à retenir, qu'elles occupent le «passage des problèmes solubles», la «rue des boutiques obscures» ou le «büro kippenberger», noms de lieux aujourd'hui familiers du public du Mamco, évoquons la belle suite d'aquarelles dues à Yvan Salomone. Né a Saint-Malo, vivant à Saint-Malo, l'artiste peint les ports: les docks, les paquebots, les grues et les entrepôts, la mer n'étant que suggérée. L'effet de pittoresque renvoie aux peintres du dimanche ou à ceux pour touristes, les peintures de Salomone valant pour leur appartenance à une série sans fin, de même que la mer n'a pas de fin. Dans le «vestibule», les Thanatophanies peintes par On Kawara en 1955 mettent tragiquement en évidence la douleur que représente pour un Japonais le fait de créer après Hiroshima. Quel sens peut comporter une pratique artistique après cette tragédie, si ce n'est de manifester la survie au jour le jour de l'individu, la survie de la collectivité?

Vivement 2002! 2e épisode.

Le jeu des 7 familles et 11 expositions monographiques.

Mamco (rue des Vieux-Grenadiers 10, Genève, tél. 022/ 320 61 22). Mardi 12h-21h, du mercredi au dimanche 12 h-18 h.

Du 17 juin au 17 septembre.

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