Procédant par cycles et séquences, comme il en a l'habitude depuis son ouverture, le Mamco inaugurait hier soir le quatrième épisode de «Vivement 2002!» Et comme d'habitude, cela met en jeu aussi bien des amendements à des accrochages existants, que des réaménagements complets ou de nouvelles présentations. Ces changements proposent 27 salles inédites. Ce qui fait de cette institution l'une des plus effervescentes de la région. Et l'une de celles qui ne craint pas de multiplier les contacts avec les jeunes générations, puisque de plus en plus sa cellule pédagogique invite aussi bien des élèves des écoles d'art que des apprentis aux «animations» organisées autour des présentations.

Huit nouvelles expositions monographiques sont à l'affiche, consacrées à Marcia Hafif, Pascal Pinaud, Julia Ventura, Natacha Lesueur, J.D.'Okhai Ojeikere, Stéphane Albert, Paul Noble et Pierre Huyghe. La plupart des travaux ont cette fois-ci trait à la peinture, au dessin, à la photographie, et au film d'animation. L'accrochage le plus important rassemble les peintures de la période italienne (1961-1969) de l'Américaine Marcia Hafif, née en Californie en 1929, et toujours bien vivante.

La formation de cette artiste s'est faite au cours des années 1950, dans le contexte de l'Abstract Expressionnism et de sa gestualité qui dominaient alors. On en voit encore des traces dans certains dessins de Marcia Hafif. Mais la situation, lorsqu'elle décide de faire son tour d'Europe et de partir pour l'Italie, est déjà à la réaction. Avec les peintures en sobres aplats et aux contours délimités des tenants du mouvement Hard Edge, qui n'est pas sans influence sur Marcia Hafif. Quand l'artiste sera de retour aux Etats-Unis, après presque une décennie passée en Europe, elle optera définitivement pour la primauté de la couleur et en particulier pour la voie du monochrome.

Mais entre-temps, en Europe, son art relativement construit et radical va s'adoucir au contact des formes et lumières rencontrées en Europe. Les peintures de cette période, cependant, resteront consignées en Europe. Et Marcia Hafif elle-même ne les a redécouvertes que depuis trois ou quatre ans. Cette exposition est une manière de les tirer de leur hibernation.

D'autant qu'elles ont un intérêt certain. Pour Christian Bernard, directeur du Mamco, elles soulignent un pan «instructif de l'ensemble des problèmes et contradictions de la peinture américaine des années 1960», qui ne se résoudra qu'avec le passage au minimalisme et à la monochromie. Et que Marcia Hafif solutionne alors à sa manière en restant hantée par l'image; image du corps, fragments de corps ou éléments de paysages. «Ça a toutes les apparences d'une peinture abstraite, dit Christian Bernard, mais ce n'est pas de la peinture abstraite.»