Faut Voir

Mamie Moda

Dans un exemplaire du Monde, rubrique Planète, l’œil est agrippé par une publicité. C’est une nonna sicilienne, une belle jeune fille aux accessoires flamenco dans les bras. Pour sa campagne printemps-été, Dolce & Gabbana met en scène des grands-mères élégantes, mais marquées par le temps. Celle-ci a le ventre replet, les rides saillantes, un double menton, des cheveux gris et même une dent absente. Le tout couronné par un sourire franc et des yeux rieurs adressés à la descendance, laquelle fixe l’objectif d’un air légèrement figé. Est-ce pour dire: «Moi aussi j’ai été splendide comme toi, mais tu vois, désormais je m’en fiche et je suis bien»? La beauté passe, les vêtements – et les sacs – restent. Plus loin, dans le cahier Culture du même journal, une annonce pour la marque Céline. Cette fois, la grand-mère, toujours vêtue de noir, a l’air revêche. Classe, mais revêche.

Evidemment, on peut s’interroger sur le bien-fondé de montrer des traits affaissés alors que l’on vend du rêve et du glamour. Peut-être est-ce une manière de faire rebelle, quand l’essentiel des campagnes affichent des presque adolescentes. Mais si l’on croise deux mamies icônes dans le même canard, le côté dissident s’étiole. Dolce & Gabbana est coutumier des mises en scène familiales. La semaine dernière à Milan, des bébés ont défilé sur les podiums, dans les bras de leur prétendue mamma. Une façon, plutôt, de se positionner hors totale frivolité.